l'Histoire d'Amour de Roméo & Juliette
La création
En juin 2001 nous avons vécu au Cameroun une aventure insolite : accompagnée d’un musicien et d’une éclairagiste.
Je suis partie avec 12 comédiens de Yaoundé, direction le Nord du Cameroun.
En pleine brousse, sur un plateau au milieu de cases en terre (sans eau ni électricité!) nous avons commencé la création en parallèle de deux versions de “Roméo et Juliette” d’après l’oeuvre de Shakespeare.
Les Camerounais répétaient sous un arbre et nous sous une case. Philippe Car, le metteur en scène, naviguait d’une création à l’autre.
Chaque jour, les Camerounais venaient voir notre travail et vice-versa !
Sur scène, je joue seule l’ensemble des rôles : Roméo, Juliette, Le père, la mère, la nourrice, Tybalt, Benvolio... A travers le regard d’un personnage essentiel, SÉRAPHIN, un clown qui raconte l’histoire d’amour des deux amants de Vérone.
Nous avons travaillé en brousse pendant une vingtaine de jour puis à Yaoundé où nous avons enfin joué les deux “ Roméo et Juliette “ !!
Le retour (sans nos amis camerounais), s’est fait par la Corse où nous avons joué dans un théâtre et dans une prison. Ce spectacle, j’en avais envie depuis très longtemps...
Jouer le plus beau texte d’amour. Jouer dans des lieux insolites où les gens sont enfermés et où le rêve et le théâtre ne vont pas.
Depuis, le spectacle a beaucoup tourné, la plupart du temps dans des théâtres mais aussi dans des prisons, des hôpitaux, maisons de retraite...
Valérie Bournet
C’est comme un parapluie qu’on ouvre.
Comme un coffre de pirates caché depuis longtemps.
Comme une malle dans un grenier qu’on a oubliée.
Comme sortis d’un chapeau de magicien.
Séraphin, Cupidon, Gabriel prennent vie :
Séraphin Contiste, conteur...
Gabriel Mussiste, musicien...
Cupidon Lampiste, éclairagiste et manipulatrice...
Cupidon installe le public, une lampe à pétrole à la main,
la scène, abritée par un immense demi-parapluie, est faiblement éclairée.
Gabriel joue une petite sérénade à la guitare...
Au centre, Séraphin est dans la malle, entrouverte et éclairée de l’intérieur,
il regarde entrer le public.
Ils ont ouvert leurs valises, déballé leurs instruments,
installé leur théâtre de campagne.
Silence,
Séraphin a disparu dans la malle... On entend une voix.
Nous allons vous raconter l’histoire de “Roméo et Juliette”,
ça parle d’amour...
L’histoire d’amour de Roméo et Juliette,
d’après Shakespeare est une création atypique où Roméo e(s)t Juliette.
Accompagnée par deux musiciens-manipulateurs,
une comédienne raconte toute l’histoire. Et pour mieux appuyer sa version, elle est la voix de tous.
Séraphin, clown blanc qui revient d’Afrique noire.
Peinture d’un passé ou anticipation, la fable nous parle comme une histoire qui se serait passée hier ou aujourd’hui, en Afrique ou chez nous.
Loin de la complexité de l’intrigue telle qu’elle fût créée par Shakespeare, les Cartouns en ont gardé la substantifique moëlle, un vibrant hymne à l’amour.
Fidèle à sa créativité légendaire, la compagnie use une fois de plus, de trouvailles géniales et d’un humour décapant, n’hésitant pas à prendre le public à témoin.
(Yzeure)
L’adaptation de Roméo et Juliette est iconoclaste et lorsque au détour de blagues et de raccourcis on entend le souffle de Shakespeare, on reste saisi.
C’est beau et on le reçoit pleinement. C’est avec une voix acidulée et rauque et un léger accent chantant, du saxo et de la guitare et c’est adorable.
Le spectacle a de la grâce, du charme ; ce qui le sous-tend est évident pour tous dès le début : c’est la volonté de faire de ce théâtre un échange et c’est en cela que vous rejoignez un courant qui cherche d’abord à toucher le public avec son art, qui veut donner l’impression que l’acteur parle à chacun et est prêt à accueillir ce qu’il reçoit de l’autre là, en face.
Oui il y a de la séduction dans votre démarche et moi je vous dit merci pour cela. Vous donnez. Vous donnez d’abord votre talent haut et doucement, c’est ce qui fait la différence.
Merci donc pour ce théâtre qui ouvre les émotions à tout le monde.
(Témoignages spontanés de spectateurs)
quant à la véritable identité littéraire de Shakespeare, certaines élucubrations antistratfordiennes sont bien allées jusqu’à faire du célèbre dramaturge un auteur arabe : Le cheikh Spear !
Alors pourquoi ne pas débuter l’idylle de Roméo et Juliette dans un oasis près de Dar es-Salam ? Et logiquement refermer la tragédie sur les cadavres encore chauds des tourtereaux tendrement enlacés au fond d’une cantine de légionnaire ? Mais les transis de Vérone ont la peau dure et résistent aux pires traitements.
D’ailleurs le but de « L ‘Histoire d’Amour » irrespectueusement troussée et détroussée par le Cartoun Sardines, Théâtre n’est pas de brouiller les pistes dans le désert des complaisances scéniques. Mais au contraire de les baliser, d’en resserrer le parcours, d’en concentrer la conduite sur la dramaturgie.
Euréka ! CQFD ! Élémentaire mon cher William ! a dû s’écrier Philippe Car en s’ébrouant de ses aspersions matutinales : il suffit de confier les salmigondis vendetto-généalogiques des Montaigus et des Capulets à un seul et même comédien. Et l’ignoble fourbe, le lâche, le sycophante, a refilé le bébé et l’eau du bain à Valérie Bournet.
Shakespeare, c’est la langue dans tous ses éclats poétiques, ses états métaphoriques, ses multiples niveaux, châtiés ou triviaux, savants ou dialectaux.
L’actrice n’est pas seulement polyglotte. Elle est polymorphe, caméléon, Fregoli, feu follet ; elle est partout et surtout là où on l’attend le moins. Une sorte de grand tout. Du concentré Shakespeare.Goule grimaçante, succube instable et volatile comme un gaz, elle va court, vole et nous mange et virevolte d’un personnage à l’autre, opérant des mues subreptices, se glissant dans une peau et réapparaissant dans une autre.
Elle est tout à la fois la nourrice affectueuse et les amants s’aimant fougueusement, le poignard effilé et félon et le flacon blond de poison, le pieux dominicain et la couche nuptiale, le cheval fougueux et la glissante savonnette.
Et pourtant au départ, on ne peut se faire à l’idée de la voir tout incarner. On s’attend à tout instant à voir surgir d’autres comédiens. Mais c’est elle qui revient, énervée comme une guêpe, vibrionnant comme un moucheron ivre de sucre. Les sept familles à elle seule ! Tous les registres de la voix de Fausset à la basse profonde. Tous les culots, toutes les audaces.
Intrigue éculée, tricotée depuis quatre siècle ? Valérie Bournet tient quand même son public en haleine sur le fil de la performance comédienne. Mais l’authentique prouesse ne tient pas au seul numéro d’acteur. Loin de vouloir mettre les rieurs de son côté, la caricature exacerbe le tragique.
Philipe Car pas plus que sa comédienne ne cherchent à nous distraire de l’essentiel. Le rire n’est que la grimace des bassesses de l’âme. Jalousie orgueil, haine et folie ont le goût amer du dérisoire de la vacuité de prétentions exorbitantes. La farce pitoyable n’épuise pas la frénésie de la mort. Notamment lorsque la tête prémonitoirement recouverte d’un sang couleur de cendre lors d’une allégorique séance de maquillage, Valérie bournet, comédienne-Protée, à la fois Jocaste et OEdipe, fait mine de perdre la vue en se fardant les yeux.
Qui a dit que Shakespeare n’accordait que rarement à son traducteur la grâce de sa langue ? Avec le Cartoun tout est en V.O : l’accessoiriste Laurence Bournet, le musicien Arnaud Bourgis, les tapis, les marionnettes et l’éclairage féérique. Tout est sous-titré par le talent de Valérie Bournet. Et c’est plus qu’explicite.
Roland Duclos


