Afrique centrale.
Carnet de voyage en Afrique centrale - 1ere partie.
Petite anecdote avant de partir:
Un avion-cargo est demandé en prêt à l'armée française pour assurer une liaison entre deux pays impossibles à relier par les vols locaux. Localement le colonel est d'accord.
Le lendemain, de l'état-major parisien un général, furieux, appelle le pilote de la tournée :
" Qu'est-ce que c'est que ce bintz ! J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi on a besoin d'un de mes avions pour transporter de Libreville à Bangui mille cinq cents kilos de cartons de sardines ! "
Comique, non ?
Mercredi 25 Avril, nous voilà partis.
Julot, Pierre, Laurence, Jean-Yves, Susanna et moi.
Pourquoi les avions volent-ils toujours si tôt ?
Lever à 5 heures, arrivée à Paris à 9 heures.
Le service Catering est en grève, une heure de retard pour ravitailler.
On nous sert des repas froids à base de pâtés et autres conserves animales.
Après cinq toujours passionnantes heures de vol, le commandant nous annonce que finalement l'avion atterrira d'abord à Yaoundé et que donc les passagers pour Yaoundé arriveront pratiquement à l'heure tandis que ceux pour Douala, que nous sommes, auront eux trois heures de délai...
19 heures, heure locale, arrivée à Yaoundé.
On nous annonce qu'il faudra attendre deux heures avant de repartir, résultat, cinq heures probables de retard...
Enfin en route pour Douala, notre première escale au Cameroun.
Dans l'avion, par une coïncidence magique, nous rencontrons Ghislain, directeur du CCF de Yaoundé, initiateur du projet global et avec qui nous réalisons la résidence de création autour de Roméo et Juliette.
Il rentre en France pour quelques jours. Il nous annonce que la résidence aura lieu à Ngaoundéré, au Nord du Cameroun. C'est une concession, nous serons logés en cases, il n'y a pas l'électricité, nous travaillerons dans la journée sous les arbres. C'est parfait !
22h30, arrivée à Douala avec finalement 6 heures de retard.
Amadou nous accueille à l'aéroport, nous déposons nos bagages à l'hôtel et nous retrouvons à la terrasse d'un restaurant grec " Le Méditerranée "...
Jeudi 26, courte ballade et petit-déjeuner dans Douala.
Rien de très intéressant dans la rue principale. De vieux et gros immeubles en ruine ou en rénovation, on sait pas trop. L'odeur de l'Afrique.
10 heures, départ pour l'aéroport. Julot, venu pour recréer la lumière dans les " conditions techniques africaines ", n'a pas de visa pour la Guinée-Équatoriale. Les autorités ne veulent pas le laisser partir. Une demi-heure de " négociations ", un fax de l'ambassade, et nous voilà dans la salle d'attente de l'aéroport, pour environ deux heures d'attente...
Nous avons laissé Pierre et Susanna qui eux doivent essayer de faire entrer au Cameroun notre tonne et demie de décors pour l'instant bloqués dans un hangar pour " raisons financières "...
Il faudra ensuite qu'ils l'accompagnent à Bata, en Guinée-Équatoriale, notre première date.
Voyage prévu Samedi 28.
13h30, nous voici dans l'avion, un genre de vieux Tupolev, piloté par un équipage russe.
À l'intérieur, ça ressemble un peu à une vielle caravane stationnée en Camargue depuis vingt ans, d'ailleurs il y fait aussi chaud. Julot, inquiet, s'est vu confisquer son passeport...
15h30, escale à Malabo, Guinée-Équatoriale, minuscule aéroport, Julot est appelé dans un petit bureau de la police.
On lui fournit un papier signé, en échange de quelques centaines de Francs Français, le policier se fâche en espagnol (langue officielle de la Guinée-Équatoriale) quand on lui demande un reçu... Muchas gracias !
On finit par débarquer à Bata. C'est très joli, tout va bien.
Reçus par Pierre, le directeur du CCF, nous faisons rapidement le tour de la ville.
Ça fait penser au Mexique.
L'hôtel, tenu par un espagnol, est au bord de la plage, c'est très joli.
18 heures, visite du " théâtre ". Les données techniques sont tellement éloignées des conditions habituelles que c'en est comique.
D'abord c'est dehors, ensuite, le plateau en bois tout gondolé est ridiculement petit et puis le groupe électrogène vrombit sans interruption. Le jeu d'orgue n'a plus que 6 circuits en état de marche et, de toutes façons, il n'y a que 15 projos. En son, il n'y a qu'une enceinte et on verra demain l'état des micros et des câbles...
Le public sera placé dans l'herbe face à la scène. Dommage qu'il y ait un poteau au milieu...
Le soir, affamés, nous mangeons enfin. Du poisson grillé, c'est trop bon.
Nous faisons le plan de la journée de demain, entre autres, essayer d'arranger la date suivante, Malabo, où tout a été très mal préparé par un directeur fantôme.
Nous finissons la soirée face à la mer à siroter des jus de pêche en briques d'un litre importées d'Espagne.
Vendredi 27. Petit-déjeuner en terrasse face à la mer. Brique de jus d'abricot espagnol.
Check du matériel.
Pedro a déjà réparé une enceinte et petit à petit récupère tout ce qu'il est possible de réparer.
Julot et Jean-Yves font la même chose en lumière.
Laurence et moi prenons les dimensions exactes du plateau, puis du terrain qui l'entoure pour trouver le moyen de faire rentrer les décors. Nous faisons terrasser une bande de deux mètres tout autour de la scène, nous prévoyons d'installer des pentes douces en bois pour la circulation et nous recouvrirons le tout de lino !
Il fait très très chaud et très très soif !
Laurence gère Malabo par téléphone, le chapiteau envisagé est abandonné faute de préparation. On réussit à reculer d'un jour la représentation, un jour de plus de préparation, ouf !
13 heures, petite radio locale très rigolote. On parle de Dieu et de magie...
Repas gambas très bon. Retour au Théâtre.
Au programme, continuer le check, commencer les bricolages de plateau.
17 heures, Julot vient de découvrir du vieux matériel plus ou moins abandonné, on aura peut-être 6 circuits.
Des nouvelles de Malabo, on nous propose un ring de boxe
!
19 heures, fin de journée.
On a trouvé un linoléum à damier pour recouvrir la terre autour du plateau, on gagne quatre mètres d'ouverture, les pentes en bois sont réalisées, Julot et Jean-Yves ont réparé tous les projos, Pedro toutes les enceintes et les câbles.
Le soir, paella à l'hôtel espagnol puis dodos bercés par le vrombissement des clims.
Samedi 28.
Matinée à finir de préparer le plateau, reclouer quelques planches et terrasser encore, nettoyer les lentilles des projos, réparer les dernières rallonges électriques, démonter et réviser à fond le rack son. On attend les onze caisses de décors qui arrivent en principe par avion spécial avec Pierre et Susanna à 13 heures.
13 heures, l'avion spécial n'a pas été affrété. Apparemment, le directeur de Malabo n'a pas fait son boulot, n'a fait aucun suivi de l'opération.
On attend des nouvelles.
Par contre, en se promenant au coin de la rue, on a trouvé un vieux semi-remorque tout pourri, mais qui nous permettrai de ne faire qu'un voyage aéroport-CCF, au lieu de 6 avec les deux pick-up du CCF. On se met d'accord avec le propriétaire du camion sur la loc. et on se rencarde pour le trouver dans l'après-midi dés qu'on aura des nouvelles du départ des caisses.
Vamos a comer.
17 heures, résultat des négociations, le décor n'arrivera que lundi matin...
Ce qui nous enlève toutes possibilités de répétitions, d'essais, alors qu'on a demandé ces jours supplémentaires depuis des mois pour adapter le spectacle aux conditions africaines.
On essaye de faire partir un autre avion demain, dimanche.
17h30, un coup de fil de Douala vient de nous apprendre que Pierre et Susanna sont dans l'avion. On va les chercher à l'aéroport. Comme le reste de la ville, l'aéroport de Bata est dans le noir, les valises sont fouillées à la lumière de la lune. Todo esta bueno. On traverse à tâtons une salle très sombre, au moment de sortir, un policier se met à hurler dans sa langue et se jette contre la porte pour la bloquer. Attentat ? Non, coup de colère, ouf !
19h30, retour au CCF, des nouvelles du décor,
Air Consul affréterait un avion pour nous demain sauf qu'il est en panne et que la pièce qu'il lui manque devrait arriver par Air Ibèria...
On dirait un film comique.
Le soir, dîner à l'Acropole, resto poisson grillé tenu par des Maliens.
Juste devant nous une voiture s'enfuit en trombe en marche arrière toutes portières ouvertes.
Dix minutes passent, elle revient. Grosse dispute entre l'homme et des femmes.
Une demi-heure après la femme fracasse toutes les vitres de la voiture à coup de bâton.
Western mexicain moderne entre Blacks.
Dimanche 29, pas de nouvelles des caisses.
On fait un tour sur le marché, on trouve quatre lampes à pétrole pour le spectacle.
Si le décor n'arrive pas aujourd'hui la représentation de mercredi semble compromise...
16 heures. Cette fois ci c'est sur les caisses n'arriveront pas aujourd'hui.
Étant donné que le responsable de tout ce retard, c'est bien le directeur de Malabo qui n'a assuré aucun suivi sur tous les points d'organisation (il est carrément en vacances en France en ce moment !), et que ceci est reconnu par son supérieur
hiérarchique et le pilote de la tournée, nous prenons la décision de reporter la représentation à Bata de deux jours et d'annuler celle de Malabo, qui nous sera malgré tout payée évidemment. De plus un avion spécial sera loué pour assurer dimanche prochain la liaison Bata-Libreville qui n'existe pas en vol régulier.
Voilà, il nous reste encore à s'assurer que le cheminement prévu demain pour les caisses jusqu'ici, soit assuré, ce qui n'est pas encore gagné, puisqu'il s'agit d'une compagnie privée, Air Consul (l'avion en panne...) qui prendrait mille kilos et d'Equatorial Guinéan de Aviacion (le petit avion russe) qui chargerait les cinq cents kilos restant...
Le reste de l'équipe, les comédiens, devrait arriver demain.
Lundi 30. L'avion d'Air Consul est réparé, mais il ne peut pas prendre autant de caisses que prévu, mais Equatorial Guinéan de Aviacion affrètent aujourd'hui un avion plus grand...
Le tout doit arriver à 13h 20 à Bata.
13 heures. Deux heures de retard sont annoncées.
21 heures. Tout le monde est là et presque toutes les caisses.
Presque parce que finalement l'avion prévu par Equatorial Guinéan de Aviacion n'était pas le grand mais le petit, donc deux caisses ont étés vidées directement dans la cabine et tout est arrivé en vrac.
C'était en même temps triste et hallucinant de voir un tas de costumes en tas sur le Tarmac de l'aéroport de Bata. Le Morholt faisait une drôle de tête...
Après une fouille assez détaillée des neuf caisses, nous sommes revenus sur le vieux semi-remorque sous le regard écroulé de rire des Equatos.
Valérie, arrivée avec Domi, Patrick, Vincent et Stéphane va prendre la suite de ce journal, je vais me consacrer à l'écriture de "Roméo et Juliette, c'est bien" dans tous mes moments libres.
Mardi 1er MAI
16 heures.
Coucou c'est Valérie qui vous écrit. Je prends le relais. Me voilà donc sur le sol guinéen depuis 24 heures et déjà la tête pleine d'images le cœur plein d'émotion !
Ce matin départ pour une expédition dans l'intérieur du pays ; nous allons chercher Georges un ami du directeur, réalisateur. Départ à l'aube avec Julô, pierre et Miguel le chauffeur.
Petites maisons en bois ou en terre, palmier, bambou, immenses arbres...Barrage en bambou sur la route c'est des enfants qui nous l'ouvrent... Piste interminable pour arriver au fin fond du monde, là où la forêt ne s'arrête jamais...
Petit hôtel insolite perché, vue infini, vert, vert et vert !
Palabre autour d'un verre où l'on apprend que le père de Miguel a été sacrifié au cours d'une cérémonie...En période de certaines fêtes et d'élections, certains enfants ne vont plus à l'école, les étrangers dorment dans l'entreprise où ils travaillent de peur de se faire enlever...
À part ça (...) C'est ici aussi le premier Mai, Fête du travail, personne travaille sauf nous !!!
Ce matin la super équipe Cartoun a monté la structure, coup de soleil et sueur. Oh il doit faire au moins 45 degrés...Agua minéral por favor!!
Les câbles tissent leur toile d'araignée sur le sol. En parlant d'araignée il y a une nouvelle arrivée dans les loges c'est Germaine la copine de Patrick, elle est énorme ! !Il a voulu la chasser, mais je crois qu'elle a envie de parler français !
19 heures :
Musicale, rendez vous dans une salle surchauffée qui résonne ! De toutes les manières dehors il y a le groupe électrogène et les moustiques et la chaleur !
20 heures trente :
Essais Son : en stéréo le groupe électrogène du centre et celui du resto libanais ! !CAR chose très importante nous sommes dans une ville sans lumière, la plupart des gens quand ils en ont le moyen ont un groupe électrogène. La lumière de la ville n'étant pas sûre il est préférable de s'autonomiser ! !Le centre culturel fonctionne totalement avec le groupe ainsi que l'hôpital, d'ailleurs un service est sans électricité, car le groupe est en panne...
DONC essai-son archi-concluant !! bravo Pedro, toutes les voix sont reprises et l'on comprend, enfin pour ceux qui comprennent le français !
22 heures :
Resto guinéen, poker avec jacinto Miguel, poisson braisé, et ...Un hombre que toca la guitara, Gabriel B., un Henri Salvador guinéen, il n'a plus d'âge et rit de sa folie ! Et nous aussi ! !Buenas noches!




