LE MALADE EN COLOMBIE newsletter facebook

L’Agence de Voyages Imaginaires offre « Le Malade Imaginé » à la compagnie Cofradiateatral. La compagnie colombienne reprendra décors, costumes et mise en scène pour une tournée en Amérique latine du spectacle devenu « El Imaginado Enfermo » !!!
Et on l’espère en France !
Départ fin MAI pour la COLOMBIE de Valérie, Yann et Phil .
Destination : Barranquilla

RÊVONS que la troupe colombienne vienne un jour en France et qu’on puisse jouer les deux versions côte à côte !!


JOURNAL DU VOYAGE EN COLOMBIE


Mardi 30 mai

Minuit, valises bouclées, je vais me coucher après avoir vu War Machine, un nouveau film américain sur la bêtise des militaires et l’inutilité de la guerre. Brad Pitt est hilarant et prouve là qu’il est un grand acteur. Très beau numéro aussi de Ben Kingsley, dirigeant afghan… Très drôle et très émouvant. Bref, je règle mon réveil à 6h et passe une bonne partie de la nuit à faire la liste dans ma tête de tout ce que j’ai oublié et ce que je vais devoir préparer, et à me faire un petit auto-cours rapide d’espagnol.
À six heures, la lumière orange qui réveille la ville est très belle. À six heures et quart, il pleut. Je charge la voiture, relève le compteur EDF, dépose mes poubelles et fonce vers le Pôle Nord où je me gare. Le petit train m’amène à l’aéroport où j’embarque rapidement pour Paris Charles de Gaulle. Le temps de me connecter, de relancer quatre coproducteurs et et de répondre à quelques mails, mon avion pour Bogota est là. 10h de vol, quatre films, étude du texte du Malade en espagnol, révisions de la langue. Arrivée à 17h35 heure locale (minuit 35, heure française). Ma correspondance pour Baranquilla atterrît enfin à ma destination finale à 20h30. Luis Miguel m’amène à tombeau ouvert dans sa japonaise rouge à travers la nuit colombienne. Mon espagnol révisé sort de ma bouche comme des postillons par bribes laborieuses et je comprends la moitié de ce que me dit mon messager, dont la voix est de toutes façons couverte par la salsa qui hurle de la radio. Je retrouve avec plaisir les antiques bus multicolores, la chaleur et tout ce qui me dit : on y est !
On arrive à la universitad de las artes. Je retrouve Yann, Valérie, Nibaldo et une partie de sa troupe. L’équipe est très sympathique, et semble sur-motivée ! On échange comme on peut. Valérie se débrouille toujours comme si elle parlait couramment, en mettant l’un derrière l’autre toutes sortes de mots qui finalement forment des phrases que tout le monde comprend. Yann écarquille les yeux comme pour mieux entendre les dispositions que Nibaldo nous donne pour demain et toute la cession.
23h : ça fait 24 heures que je me suis levé… Luis Miguel nous amène, nous arrête dans le quartier de l’hôtel où tout est ouvert. On achète mangues, bananes et arepa (galette) de maïs ou fromage.
Petite bière à l’hôtel avec Val et Yann, on fait le point… on se rassure…
À la lumière du néon, je défait mes bagages dans ma chambre surchaude, mets la clim à fond et, minuit de là-bas, tache de m’endormir comme dans un moteur d’avion. 2h du mat, je me gèle, j’éteins la clim mais le bruit ne cesse pas ??? Ma fenêtre donne sur un puits de lumière dans lequel est installé un énorme moteur de clim…
5h : la famille voisine se réveille ; téléphone, parle de choses et d’autres avec beaucoup de gaieté, comme s’ils étaient contents d’avoir un nouveau voisin…
6h : je me lève, ouvre les rideaux mais rien ne change, je me penche et voit que mon puits de lumière est chapeauté par un toit qui filtre presque à 100% la lumière du matin. Je rallume mon néon, prend une bonne douche et descend à la réception pour demander une autre chambre…
A suivre…
Besos
Phil


Jeudi 1er Juin


J’adore ma nouvelle chambre ! De l’autre côté du couloir !
C’était la nuit, c’est le jour !
Ce matin, jeudi 1 juin, après un desayuno de arepa con huevos (galette de maïs et œufs), départ en Uber pour Cofradia. Aujourd’hui on travaille dans le lieu de la compagnie parce que la salle de répètes de l’université a été désinfectée, elle doit être repeinte ce matin et cet aprem, il y est prévu le montage de la lumière… hum hum.. Ce soir, rien de tout ça n’était fait… Yann a juste réussi dans la journée à tracer le cercle au sol !
Arrivée vers 10h, perdus par un chauffeur d’Uber vénézuélien réfugié en Colombie parce que, d’après lui, c’est mieux ici, ce dont je doute. On est accueillis par une partie de l’équipe. Mais étrangement personne ne semble vraiment disposé à commencer quoi que ce soit… à pars Jexica qui avance bien sur les costumes. On arrive à coincer Nivaldo entre deux portes et à lui poser les questions cruciales du style « Quand est-ce qu’on commence ? » etc… Quand on a posé les questions cruciales, on propose de s’assoir pour discuter et tout le monde disparait !
On va manger un bout, Yann choisit de la chèvre, nous du poisson, des avocats et des mangues délicieux…
14h30 : Andréa et Paola sont toutes les deux là (on les tire de la sieste…) pour essayer le rôle féminin. À nous de choisir laquelle, l’autre jouera le rôle de Juilo (Jules)… Il doit faire 45° dans la salle de répètes, et nous transpirons à grosses goutes. En travaillant la 1ère scène, Argan / Tonita, on se rend compte à quel point notre travail est précis et exigeant, comment le corps raconte l’émotion et participe au jeu. 10 minutes de scène nous prenne deux heures. Chaque seconde de mouvement ou de jeu devient l’occasion d’exprimer notre vision des fondamentaux du théâtre (en espagnol, dico sous la main, c’est folklo…).
Brando, l’acteur qui doit jouer le rôle masculin, doit être là à 16h… mais on ne le voit pas et on continue à travailler avec les deux filles jusqu’à 18h30. Après discussion avec elle, Paola sera Julio, elle en est très contente, car même si c’est un rôle muet, c’est un rôle important et passionnant. Andréa sera Tonita, Angélica et Belisa.
Yann a réussi à réunir quelques accessoires, le projet de certains éléments des ensembles des « costumes et porte-costumes mobiles » est partagé par un scénographe que nos avons croisé en coup de vent… Nous avons commencé une liste de priorités en déco / costumes / accessoires…
Hier soir nous nous posons, épuisés, autour d’empenadas, guacamol y cervesa, avec notre ami Alberto.
Ce matin rdv à 8h pour démarrer les répètes avec tous…
À suivre !
Phil

Capsule audio du 2 juin de Valérie :

 


Samedi 3 juin

La faculté de los bellas artes de Baranquilla est une ville ! Un ensemble d’impressionnants bâtiments coloniaux plus ou moins en bon état et de jardins, où se côtoient un millier d’étudiants en théâtre, arts plastique, musique, danse … , professeurs, gardiens, personnes à l’entretien etc… On est en pleine cession d’examens, ça grouille de projets, de répètes de toutes les disciplines.
À 8h, tous nos acteurs sont là. Notre salle de répétition comporte un petit gradin en bois d’une cinquantaine de places, le sol est planché et les murs ont bien été repeints en noir. 4 ou 5 spots sont installés au plafond avec du fil de fer mais insuffisants pour travailler, nous travaillons au néon. La clim de marche pas, il fait très chaud. Valérie et moi, nous dégageons chacun un coin du gradin pour s’installer.
Les quelques accessoires et le matériel qui devaient être là ce matin sont finalement restés au siège de la compagnie. Nous n »aurons pas l’atelier ici aujourd’hui, Yann part là-bas pour travailler, avec John, jeune régisseur lumière-accessoiriste.

Les exercices que nous proposons pour commencer, concentrer les acteurs et sonder leur niveau, nous révèlent une très petite exigence d’écriture corporelle et un grand manque de précision…
Nivaldo a la cinquantaine, il est le leader du groupe. Il a réussi le miracle dans ce pays de faire vivre une compagnie. Il est très occupé à 1000 choses. Il est très reconnaissant de notre venue, très conscient du cadeau que ça représente pour sa troupe, dans ce pays décousu… Quand il est là, il est très disposé à écouter les retours et se donne en entier à chercher à construire le personnage d’Argan. Paola, sa compagne, a 37 ans, elle joue Julio, le manipulateur. C’est un très bon choix. Paola est patiente, très sérieuse, très appliquée. Son rôle, le maitre de cérémonie lui convient parfaitement : elle devient le garant du jeu, pouvant intervenir à tout moment, y compris en soufflant le texte…
Andréa à 22 ans, elle est très douée. Il faut construire avec son inexpérience.
Brando a la vingtaine, nous avons à peine commencé à travailler avec lui. Il a un corps très bien placé, fait de très bonnes propositions dans la présentation de ces 6 personnages. J’ai l’impression que Brando ne fait qu’un repas par jour…

La Colombie fait partie du tiers monde. Beaucoup de pauvreté dans les rues peu entretenues et remplies de couleurs et d’architectures de toute sortes. De la cabane multicolore, à la petite maison rose, jaune, bleue, verte… avec jardinet, à la blanche et grande maison coloniale, et aux trottoirs carrelés, dont les racines des manguiers font  par endroits exploser  les carreaux…  mini et grandes boutiques d’enpenadas à chaque coin de rue, musique de partout a tue-tête surtout le vendredi soir, y compris dans la chambre en face de la mienne (mon ancienne) remplie de jeunes festifs !!!

Les acteurs sont tous très motivés et très sympas. Nous travaillons jusqu’à 19h. Valérie et moi partageons sans cesse le plateau, quasiment sans nous le dire, nous nous remplaçons parfois pour diriger, mais travaillons quasiment tout le temps ensemble. Heureusement que nous sommes deux. Je m’occupe beaucoup de Nivaldo, Val des autres.Parfois l’un ou l’autre disparaissent. Parfois il ne reste plus qu’une personne, alors nous travaillons avec lui, nous remplaçons les manquants, nous ne perdons pas une seconde du peu de temps qui nous est offert pour… accompli ce miracle !
Le soir nous filons la moitié de l’acte I, c’était notre objectif. Ils ont tous, presque tout le temps, le texte à la main. Le jeu est parfois très approximatif mais la mise en scène, les déplacements sont très bien retenus.
Yann est revenu. Il a travaillé comme un fou toute la journée et a commencé à amener des éléments.

Aujourd’hui samedi, Nivaldo arrive à 18h… nous allons donc travailler sans lui et prolonger notre séance jusqu’à 21 ou 22h…
Aujourd’hui Béline et le notaire font leur entrée !
A suivre !
Phil

Capsule audio du 3 juin de Valérie :

 


Dimanche 4 juin

Ah la la !  Les nuits du week-end colombien sont aussi colorées que les maisons ! Cette nuit, notre hôtel a encore accueilli un groupe de gamins qui ont adoré monter et descendre les escaliers en courant jusqu’à très très tard… Et sous nos fenêtres, un pauvre gars qui avait apparemment oublié ses clefs a passé la nuit à crier à l’intention de ses amis « Angela… Roméo… ». Au début c’était drôle… il est 6h du matin, sa voix est fatiguée mais il ne s’est pas démotivé…
Finalement, cette ville est très belle et très propre. Les Baranquillains prennent soin autant de leur maison, qui est bichonnée, joliment peinte et décorée, que de leurs rues, de leur devantures et de leur trottoirs. Dans la journée, c’est vraiment un plaisir de s’y promener… Enfin en tous cas le matin tôt sur le trajet qui mène de l’hôtel à la salle de répètes, à midi dans le quartier de la fac et le soir dans celui de l’hôtel…

Hier samedi 3,  Nivaldo n’était pas là, nous avons donc avancé jusqu’au début de l’acte 2 sans lui. Les trois autres ont été magnifiques. Motivés, de bonne humeur et hyper concentrés. Le reste de l’équipe est aux petits soins pour le plateau. La salle est nettoyée tous les jours et on nous amène de l’eau. Jexica, dédiée aux costumes, travaille d’arrache-pied pour fournir le maximum d’éléments dans les temps. Liss s’occupe de l’intendance, de ranger la salle et remplace souvent et avec brio Nivaldo.
Hier soir la patinette d’Angélique est arrivée de l’atelier de ferronnerie. Elle est encore à l’état brut, a besoin de réglages, mais elle va être chouette. Cet atelier est situé dans un quartier chaud de Baranquilla et surtout très éloigné de nous : Yann perd beaucoup de temps à y aller et à trouver un taxi qui accepte de s’y rendre… Dans la fac, il y a des ateliers de menuiserie et de ferronnerie, mais Yann n’arrive pas à pouvoir y être introduit. On ne comprend pas trop pourquoi… Il travaille dehors avec du fil de fer et du scotch… et manque cruellement d’un poste à souder… mais il nous a quand même déjà amené la structure métallique des personnages  de Béline et du notaire / nain ! Peut-être aujourd’hui aura-t-il accès à cet atelier dont on nous parle depuis le 1er jour… qui sait ?

Aujourd’hui, nous allons reprendre tout le travail d’hier avec Nivaldo / Argan et tacher de continuer jusqu’au milieu de l’acte 2. Nous travaillons le jeu et la mise en scène l’œil rivé sur la montre…
À suivre !
Phil


Lundi 5 juin

Hier c’était dimanche. Le dimanche dans les rues, c’est la tranquilidad absolue, surtout à 7h du mat… les baranquillains ont fait la fête deux soirs de suite, ils récupèrent… Apparemment nos acteurs aussi, rdv à 8h, personne et porte close… il fait déjà très chaud, bien plus qu’à Marseille en plein midi au mois d’Août ! Ouf, une fenêtre est ouverte… on en profite pour se faire une bonne séance de yoga, ça fait du bien.
Ils sont là à 9h moins le quart…

À 9h on reprend avec Nivaldo et Andréa (Brando n’est pas là… Val le remplace) ce qui a été vu hier sans lui, du coup ça va assez vite. Mais il ne faut pas lâcher Nivaldo plus de 30 secondes sinon il disparaît… téléphoner ou s’occuper d’on ne sait quoi… Il est soucieux et très occupé… À un moment il sort en trombe, en plein milieu d’une scène pour aller s’occuper du poste à souder… Bon, il est directeur d’une compagnie en Colombie : faire vivre des acteurs ici tient du miracle et demande sans doute d’avoir la tête à beaucoup de choses… Bref, quand on le tient, on étire la répète au max. À 11h arrive Brando, à 12h30, on a remis Nivaldo au niveau de tous.
Yann nous livre de petits accessoires mais n’a toujours pas accès au poste à souder… Son atelier est dehors, devant notre porte. Nous on a un peu de clim, lui il a le chauffage à fond. Il est en nage du matin au soir.
Rdv à 14h pour la reprise. À midi, déjeuner d’avocats, bananes et mangues miam !
Le travail avance bien, mais on prend conscience que le spectacle devient très complexe à l’acte 2. Beaucoup de machines, beaucoup de texte, de monologues… on décide de couper un peu…
Tout le monde a disparu, Yann et moi nous endormons, Val se met aux coupes.
Vers 14h30 tout le monde revient mais ils n’ont pas mangé… qu’ont-ils fait ????

L’après-midi on attaque la suite, tout est à découvrir, ça devient plus laborieux. Andréa est très bien, elle comprend vite, elle est très gaie et avance bien. Brando est un peu comme Robert, l’acteur qui joue dans la version française, plein de possibilités, plein de propositions pour les personnages comiques, il faut aller le chercher pour l’émotion. Le travail le plus compliqué est avec Nivaldo parce que le personnage d’Argan est complexe… C’est un clown et tout tient à de toutes petites nuances et a beaucoup de retenue… Nivaldo est très motivé et très disponible quand il est là. Il est conscient du travail que ça représente e très reconnaissant mais c’est monsieur 100 000 volts, c’est un ogre mangeur d’énergie… Sur scène, il a beaucoup de présence, mais pèche en technique clownesque… malgré tout, à force de lui montrer il comprend et il essaye… et ça avance. Ils sont toujours tous adorables et hyper bien disposés !

Dans l’après-midi Asterlitz le scénographe (suis pas très sur de son nom…) nous livre les Diafoirus ! Très beau ! Le même que le nôtre !!! Paola, qui fait Jules (et qui est géniale) essaye avec Brando, c’est parfait, en 5 mn elle maitrise ! Il manque encore beaucoup de costumes mais on a les structures de Béline, du notaire nain, la trottinette et les Diaf. Il nous manque encore Purgon et Cléonte…
Dans l’aprem, Nivaldo me montre des échantillons de plastique – lino bleu pour le sol, de très beaux produits… Je lui rappelle que dans cette salle on n’a que 6 mètres… il dit que c’est pas grave, ils en feront un de 6 et un de 7 !

À 17h30, on pause. Rdv pour la reprise à 19h. Petit resto sympa musique à donf, on hurle pour se parler… pas super reposant. On est en retard sur notre planning. On décide de couper beaucoup plus. À 19h, il n’y a personne, on coupe 3 pages. À 20h, on essaye avec eux, c’est complexe d’enlever de grands pans mais ça marche… !

À 21h filage. Du début à la petite moitié de l’acte 2. Belle surprise, ils se souviennent quasiment de tout, on retrouve les qualités et les défauts de chacun et les scènes pèchent surtout à cause du rythme, mais quelque chose commence à apparaître…

Aujourd’hui Nivaldo n’est pas là avant 15h, Brando est absent de 14 à 17h et Andréa de 18 à 21h… On va composer avec tout ça !
À suivre !
Ah pas de wifi…
Ah pas d’eau… !

Phil

Capsule audio du 5 juin de Valérie :

 


Mardi 6 juin

Rentrés à une heure du mat, on s’est donné ce matin un peu de temps pour récupérer, mais Amalia, qui nous fait les chambres et le petit déjeuner a absolument tenu à me donner mon linge propre à 7h… dommage j’aurais bien dormi jusqu’à 8 !
Hier lundi 5, la faculté Bellas Artes était à nouveau remplie d’étudiants, qui présentaient leurs travaux. Nous arrivons, comme prévu à 9h mais personne n’est là, et cette fois ci, la fenêtre est bien fermée. Andréa arrive la première. On fait un point avec Yann sur les accessoires et costumes manquants, il y en a encore beaucoup… Brando arrive peu après, on travaille avec les deux. Ils sont toujours aussi super, ils avancent vraiment bien. Une pluie diluvienne tombe sur la fac, ça  apporte un peu de fraicheur et les mangues jonchent le sol…

À midi, comme il pleut toujours, on mange nos avocats, mangues et ananas à l’intérieur, puis je m’écroule à la sieste pendant que Val et Yann cherche des solutions pour faire avancer les accessoires.

L’après-midi, il n’y a plus qu’Andréa. Val et moi à tour de rôle jouons tous les autres personnages et dirigeons Andréa. On va jusqu’à la fin de l’acte 2, avec elle toute seule… pas facile sans les autres… on en profite pour travailler avec elle les détails du jeu. On continue à couper, car plus on avance plus on prend du retard.  La trottinette ne fonctionne pas bien… on doit la modifier mais on n’a toujours pas de poste à souder… nous décidons d’en louer un mais Jexica et John qui travaillent avec nous sur Béline et d’autres accessoires ne savent pas où… nous ne trouvons pas de téléphone avec internet et ici pas de wifi…

En milieu d’après-midi, arrivent la moto de Cléonte et le socle de Purgon. Encore deux très belles pièces ! Béline est recouverte de mousse et Yann a terminé la structure des costumes des Diafoirus.

Nivaldo nous avait dit qu’il serait là à 15h, il arrive à 19h… Ici, les notions d’heures et de rdv sont aléatoires et Nivaldo toujours très pris. Andréa doit partir et Brando présente un spectacle de fin d’atelier dans une autre salle de la fac. Comme nous sommes cette fois-ci tout seuls avec Nivaldo, nous travaillons les moments purs clownesques. Il est très patient. Nous sentons qu’il est très fatigué. Il demande une pause, puis nous reprenons. Nous travaillons pas à pas avec lui, il comprend bien et avance bien.

Jexica me dit qu’elle a trouvé où louer un poste à souder… ça avance.

21h, à l’heure du filage, Nivaldo provoque une réunion entre tous leurs membres, le ton monte fort… nous sortons pour ne rien entendre… mais je crois comprendre sans comprendre qu’ils parlent de nous et de l’accueil qu’il se doivent de nous réserver…

On commence le filage à 22h15. Moins bien qu’hier, plus décousu, l’approximation due au manque de travail ressort très fort, à part certains moments. Nivaldo est trop dispersé, il me regarde après chaque réplique pour vérifier l’effet que ça me fait… je suis obligé de passer sur scène, derrière les acteurs, pour pouvoir me concentrer. Au cours des retours, nous leur rappelons que sur scène il faut se perdre, oublier le monde, se lâcher, tout donner. Sans ça on arrive à rien, que l’extérieur n’existe plus, que le monde n’existe plus, à part celui qu’on est en train de créer… qu’il n’y a aucun autre moyen de créer de la magie.

Ce matin, le rdv est à 10h. Il nous reste 4 jours. On doit finir le tour, et trouver le mode de présentation pour Samedi. Les textes seront encore souvent à la main, il y aura des souffleurs et Valérie et moi peut-être continuerons à intervenir en direct… à voir…

À suivre !
Phil

Capsule audio du 6 juin de Valérie :

 


Mercredi 7 juin

Depuis lundi, une équipe de foot habite l’hôtel, avec les remplaçants, les entraineurs… ils sont très nombreux et sont tous habillés pareil… Ce matin à l’aube, j’ai l’impression qu’ils avaient décidé de faire un match dans le couloir… En Colombie, vouloir dormir est un challenge !

Nos 15 minutes à pied du matin nous permettent de nous délier, de voir la Colombie… et de faire nos petites courses. Et c’est chaque matin un bonheur d’entrer dans cette belle faculté Bellas Artes et ses jardins, toujours remplie de jeunes artistes, de belles têtes, de musique, de jeunes chercheurs… Nous croisons un plasticien qui fabrique des très beaux carnets, peinture, textes, découpages, collages… Bon bon bon… mardi 6, à 10h, nous sommes encore une fois les premiers et sans la clef… il fait très chaud ce matin… on est déjà en nage. Petit point avec Yann sur les urgences en déco.

On attaque avec les quatre (enfin!) vers 11h. Valérie et moi les coachons de près. À deux, on se partage les acteurs, les déplacements, le jeu, on les lâche pas. On les presse comme des citrons, on ne laisse rien passer et on avance.

Vers midi, nous voyons Yann désœuvré… On a toujours pas de poste à souder, il nous manque toujours plein de petites choses, il ne peut rien faire… je laisse continuer Val toute seule et demande à Liss (assistante, actrice, avec nous régisseuse son, filmeuse avec son téléphone, etc…) d’appeler Asterlitz, le déco, et Jexica, la costumière. Je leur dis que cette histoire de poste à souder et petits accessoires commence à me rendre fou ! Azterlitz dit qu’il doit arriver « en un rato », ce qui veut dire ? Une demi-heure ? Une heure ? Jexica me dit 5 minutes… Ils arrivent tous les deux à 19h…

À Cofradia, dans cette troupe de théâtre, tout le monde est acteur, étudiant, professeur… il est évidemment impossible ici de n’avoir qu’un poste ou qu’une fonction. Du coup, tous ceux qui ne jouent pas deviennent un peu assistants, régisseurs, costumiers etc… mais personne ne peut vraiment prendre de décision : tout passe par Nivaldo. On essaye de s’adresser à d’autres que lui, qui est très occupé, on nous répond toujours : d’accord, je vais voir avec Nivaldo…

À 13h, mas o menos, on finit l’acte 2. Il pleut. Sardines, avocats, bananes avec notre copain Alberto, on commence à parler des vacances colombiennes qui nous attendent à la suite de ce marathon… ça fait rêver…

On décide de couper le 2ème interlude. Ouf, on saute une grosse difficulté ! L’après-midi, on attaque le 3ème acte, on avance bien. À 18h, Nivaldo et Andréa doivent partir. Rdv à 21h pour le filage. On reste avec Brando avec qui on peut travailler toute la partie mime de Béralde…

À 19h, Azterlitz nous livre le sol, quatre laies d’un très beau lino bleu reliées par des bandes velcros (à découper en cercle), la porte de feu, le porte manteau et un tas de petits accessoires. Toutes les pièces ressemblent étonnamment aux nôtres…  Jexica continue à nous livrer des pièces de costumes. Finalement, petit à petit, tout arrive. C’est hallucinant comment ils peuvent en si peu de jours réaliser tout ça !! Ce qui est difficile pour nous depuis le début, c’est qu’on ne sait pas trop (et Yann a du mal à gérer tout seul parce qu’il parle peu espagnol…) mais en fait ils assurent à fond ! On fait le point avec Asterlitz, il est très tranquille (comme tout le monde ici…) et très rassurant. Même sur les pièces difficiles il n’est pas inquiet (comme personne ici…).

À 21h on doit filer mais Asterlitz et John (20 ans, assistant, acteur, régisseur lumière, étudiant) sont à la découpe du sol… Je demande combien de temps, ils me répondent : un ratito… à 23h, on attaque le filage.

Tout le monde est épuisé mais le filage est plutôt mieux qu’hier soir. Andréa et Brando assurent à fond. Ils sont excellents, apprennent leur texte, comprennent vite et sont toujours aussi bien disposés. Nivaldo est un peu en retard, il n’arrive pas à trouver le temps d’apprendre son texte, passe par des gouffres… mais il avance aussi et touche parfois de jolis moments de fragilité… Paola qui fait Jules le manipulateur est vraiment super. Le spectacle apparaît réellement, comme d’habitude c’est un moment magique… En principe demain on finit… Après, il nous restera deux jours pour peaufiner, enfin en tous cas pour essayer de faire en sorte qu’il n’y ait plus de moments comme il en existe encore plein pour l’instant où l’on chute dans des profondeurs abyssales… J

À suivre !

Phil

Capsule audio du 7 juin de Valérie :


Jeudi 8 juin


Le personnage d’Argan est un personnage complexe, très proche de moi, c’est « mon clown »…. Valérie et moi nous posons la question de la passation de ce type de personnage, comment aider Nivaldo à trouver son propre chemin, son propre clown… Se pose la question de l’imitation et de ses limites. Ne pas imiter l’image, mais la fragilité intérieure… Comment l’aider à repérer ça ?
De plus, le principe du double jeu clownesque, l’un avec son partenaire, l’autre, différente, avec le public, avec qui il entretient une totale complicité, son immense sensibilité, et sa capacité enfantine de tomber dans de terribles colères comme d’éprouver d’immenses chagrins, le tout sans tomber dans du cabotinage ou des enfantillages… c’est pas simple à enseigner en peu de temps.
Hier, mercredi 7, quand nous arrivons à la faculté Bellas Artes, Nivaldo est en train de travailler tout seul dans un des jardins et tout le monde est déjà dans la salle de répètes !

Nous entamons la dernière partie du spectacle. Dans notre adaptation du Malade, l’acte 3 est très mixé, beaucoup de scènes se jouent en même temps. Argan est constamment pris entre deux feux, ce qui rend les scènes très complexes à monter parce que remplies de tops et de rendez-vous. Tout le spectacle est écrit comme une partition, cette partie est la plus dense.
Tout le monde est en forme et nous arrivons à avancer assez vite. Toutefois à 14h, nous n’avons pas fini, tous saturent d’informations et nous devons arrêter un peu.

Nous reprenons à 15h. Nivaldo nous accorde une demi-heure, nous réglons avec lui un passage où après sa fausse mort, Argan et Molière se confondent. Nous entrons dans une intimité tragique avec le double personnage, qui livrent leurs angoisses de mourir et à la fin de laquelle l’Auguste meurt étouffé par un confetti… Nivaldo trouve une justesse simple et très émouvante. Il nous dit qu’il sera de retour à 18h. Nous fabriquons toute la fin avec Andréa, Brando et Paola, allons manger des tacos et revenons pour 18h. À 19h, Liss nous informe que Nivaldo ne pourra pas être là avant 21h…

Il est toutefois de retour à 20h. On travaille avec lui sur le prologue. Du clown pur. C’est difficile, ce n’est pas son langage, mais il est toujours très volontaire, capable de faire et refaire, et pas à pas, il y touche ! On sent que ce n’est qu’une question de temps de travail…

Nivaldo a une soif terrible de travail. Toujours très positif, très gai et bourré d’énergie, il est très contrarié de ne pas pouvoir s’offrir toute la disponibilité nécessaire à ce travail. Il me raconte qu’il doit passer un temps fou à trouver et à conserver le financement de sa compagnie. Qu’il doit constamment être sur le pied de guerre. L’existence de sa compagnie ne tient qu’à un fil. Il me dit qu’il est entouré d’une équipe merveilleuse et c’est vrai, nous le vivons tous les jours. À l’extérieur de la salle de répète, c’est une ruche, ça travaille dur et toujours avec le sourire…

On commence le filage à 22h30 et tant bien que mal… on va jusqu’au bout !!! C’est déjà une réussite. Mais on n’y est pas encore. Le travail du jeu et de la mise en scène avance mais pas assez vite, beaucoup de trous, de vides… Il nous reste deux jours.
Il manque beaucoup d’accessoires, de costumes, de finitions. Les comédiens jouent souvent le texte à la main. Demain on devrait avoir la sono, pour travailler le son (demain, mañana, ici c’est le mot magique ! Quand est-ce que… ? Mañana !  ) et peut-être une liste de projecteurs pour pouvoir fabriquer la lumière… il nous reste deux jours…

À suivre !

Phil

Capsule audio du 8 juin de Valérie :

 


Vendredi 9 juin


Hier, Jeudi 8, avant dernier jour. Tout le monde est là quand on arrive, sauf Brando, qui, nous l’apprenons, a ce matin une présentation publique des travaux de sa classe… Il arrive vers 14h, épuisé, il travaille depuis 7h du mat…
Avec Nivaldo, Paola et Andréa, nous reprenons du début et précisons chaque moment, travaillons sur le rythme, le jeu et habituons les acteurs à jouer avec le texte à la main sans interrompre le rythme. Nous continuons aussi à couper certains passages, notamment les solos d’Argan, le plus difficile dans le temps qui nous est donné… Ce qui fonctionne bien mieux, dans notre très court temps de travail, ce sont les scènes partagées. Nous avançons très bien… À 18h, nous avons revu les deux premiers actes. Les acteurs sont très fatigués mais ils s’accrochent, progressent et toujours avec le sourire.

À l’extérieur, l’atelier s’est encore agrandi. À la place du poste à souder, c’est le soudeur qui est venu ! John peint au pistolet toutes les structures (sans masque), Yann, Asterlits, Jexica et le soudeur avancent sur tout le reste. C’est vraiment hallucinant ! Toutes les pièces naissent sous nos yeux en quelques jours. C’est les mêmes que les nôtres !!!

Notre petit théâtre est constitué de la partie scène, qui fait environ 8m sur 8, et la partie public, constituée d’un petit gradin d’une vingtaine de places. Comme nous n’avons pas d’autre lieu, il est plein comme un œuf, la couture, les outils, les prototypes, les affaires de chacun, l’eau, le café, la nourriture, deux petites tables remplies de nos textes, ordis, stylos, cahiers… dans la journée, ça entre et ça sort, il y a beaucoup de vie autour et beaucoup de bruits. Hier, des étudiants fabriquaient une scène, ils ont percé du métal pendant des heures juste à côté de nous. Pour arriver à travailler, on doit faire abstraction de tout.

Notre lieu est toutefois toujours tenu très propre et régulièrement rangé.

On reprend les répètes vers 20h, mais on apprend qu’Andréa a une répétition jusqu’à 21h30… On avance, on avance…

22h, début du filage. Ça commence à s’enchainer de mieux en mieux même s’il y a encore des grands « trous » et certaines scènes qui restent difficiles… De temps en temps, ça tourne vraiment bien et on voit qu’avec le temps, on pourrait arriver à un très bon résultat.

Demain ce sera le dernier jour de répétition…

A suivre !
Phil

Capsule audio du 9 juin de Valérie :


Samedi 10 juin


Aujourd’hui est le jour J.

Hier matin, vendredi 9, Valérie et moi sommes allés rencontrer et remercier Philippe Mouchet, directeur de l’Alliance Française de Barranquilla, qui, avec son assistant Jorge, ont aidé à porter ce projet. L’alliance est dans un joli quartier tranquille, il y a encore des voitures à cheval et des petites maisons colorées.

Nous parlons avec Philippe et Jorge des possibilités futures de continuer à développer ce projet à peine entamé… Une des premières idées serait d’aider la compagnie à trouver un théâtre, un lieu, qui pourrait accueillir le spectacle pour une longue série… trois semaines ??? ce qui n’existe évidemment pas ici, mais… porque no ?

À 11h, nous commençons à travailler avec Andréa, une demi-heure après avec Brando et Paola. Nivaldo vient nous avertir, dépité et malheureux, qu’il ne pourra pas être avec nous avant 14h. Nous revoyons avec les deux autres toutes les parties encore faibles et préparons les scènes dans lesquelles s’intègrera Nivaldo cet après-midi.

Yann travaille sur tous les fronts aux rectifications des pièces livrées et aux petits accessoires. Jexica et sa maman continuent à apporter des pièces de costumes jusqu’à l’heure du filage. Des petites mains européennes, Pascale, Noémie et Ched, sont venues participer aux finitions, dirigés par Esterlits, qui leur apprend une technique de papier mâché formidable, à partir de papier de sac de ciment et de colle fabriquée à base de colle à bois et farine d’avoine ! Le résultat est très beau !!!

Nivaldo est là à 16h. Nous revoyons tous les raccords prévus jusqu’à 19h. Les comédiens sont sur les genoux… ce soir c’est la générale. On a apporté toutes les rectifications qui devraient amener le spectacle à un niveau satisfaisant. Des projecteurs sont arrivés. Une douzaine de spots et quatre projecteurs à leds. Je fabrique un plan de feu. L’idée est que le montage et le réglage se fasse dans la nuit. Demain matin, conduite…

Ce soir, les comédiens prennent beaucoup de temps pour se reposer, manger… ils décident de se maquiller. Ils regardent les photos de nos maquillages et nous voyons naitre nos doubles… avec nos costumes et nos maquillages !!!

En attendant, John commence à monter les projecteurs. Antiques gamelles qu’il doit réparer l’une après l’autre. Il grimpe en équilibre sur le dernier double échelon de son échelle, se tient d’une main au grill et de l’autre attache son projo avec du fil de fer.

Le filage commence à 11h. Encore beaucoup de trous, d’oublis… Les deux jeunes acteurs, qui ont pratiquement toute leur disponibilité pour apprendre le texte, répéter la mise en scène entre eux, et avec qui nous avons le plus de possibilités de travail, s’en sortent assez bien, mais pour Nivaldo, qui a le rôle le plus complexe et qui a pu consacrer moins d’un mi-temps aux répètes, c’est difficile. Certaines scènes auraient demandé des heures de travail, pour pouvoir se lâcher, trouver son clown, son idiot, dirait Lars von Triers… sa sensibilité d’enfant. Dans le temps donné, Nivaldo ne peut traverser le spectacle que dans une grande tension, tachant de se rattraper comme il peut avec l’expérience et le bagage qu’il a… Difficile de se lâcher dans le personnage, le texte constamment à la main, difficile de se consacrer aux nuances.

Beaucoup de problèmes de rythme, le spectacle pédale… ça manque beaucoup d’émotion, pour une générale c’est assez catastrophique. Dans le taxi retour, on regrette de ne pas avoir été plus clair. On monte ce spectacle en dix jours avec des acteurs disponibles à plein temps. Ou alors on imagine un autre projet, une autre manière de faire… Et en même temps, on comprend aussi très bien Nivaldo, et on le soutient à 100% dans les efforts démesurés qu’il doit déployer pour faire exister sa compagnie en Colombie, l’art dans le monde.
Après le filage, tout le monde est épuisé. John renonce à continuer, il dit qu’il reprendra montage, réglage et connexion demain matin pour finir avant 11h, heure à laquelle nous devons reprendre…

À suivre
Phil

Capsule audio du 10 juin de Valérie :


Dimanche 11 juin

Et voilà c’était hier, samedi 10 juin, que s’est terminé dans la joie, la fête et la salsa colombienne, ce marathon artistique et créatif !

Après quatre bonnes heures de sommeil, le matin quand nous arrivons, John n’a pas du tout fini d’installer la lumière… Nous décidons donc d’aller faire une lecture avec retours dans un des jardins de la fac. Nivaldo nous dit qu’ils ne peuvent pas rester parce qu’Andréa doit aller s’acheter des chaussures pour le spectacle ! Hallucinant. Parfois, ils ne se rendent vraiment pas compte du travail que représente ce challenge, et de la distance à laquelle on se trouve ce matin de là où on devra être ce soir ! On leur dit non, elle jouera avec ses anciennes chaussures et on se pose à l’ombre d’un grand palmier. Il fait 50°, Andréa fait la tête.

La lecture est très intéressante, elle nous permet de leur faire entendre et comprendre le rythme dans lequel les scènes doivent se jouer, et de préciser et corriger les intentions de jeu. Cet exercice nous amène à 14h30.

De retour à la salle de répètes, la fourmilière a repris son travail. La troupe a décidé de surélever les gradins avec des praticables de façon à pouvoir faire rentrer plus de public… les accessoires et costumes continuent à être préparés, poncés, peints, construits, inventés, rectifiés.

J’avale un repas en 10 minutes et je rejoins John pour l’aider à la lumière. Il lui manque trois projecteurs à monter mais tout le reste est connecté. Nous réglons rapidement et passons à la console. La console lumière est une antiquité fabriquée maison, constituée de 6 rhéostats circulaires et 3 linéaires et de quatre interrupteurs directs, le tout sans général, et dont une partie fonctionne…. Et j’ai par ailleurs un gradateur tout à fait moderne qui commande les quatre pars à leds, avec lesquels je peux travailler les quatre couleurs primaires… J’installe ma régie tant bien que mal, et repère mes commandes dans l’ordre très aléatoire que John a choisi. Je préfère ne pas lui demander de changer, je m’en accommoderai…

16h30, nous jouons dans 3h mais nous devons absolument faire quelques raccords sur des petits passages qui ne fonctionnent vraiment pas. Nivaldo me demande que toute la troupe puisse terminer le montage… les comédiens sont très occupés à faire le ménage, installer des guirlandes, monter le gradin etc… nous continuons à halluciner et les débauchons en leur disant qu’ils doivent absolument, 3h avant, se consacrer au spectacle, et que nous pourrons finir tout ça sans eux !

18h, nous les lâchons pour qu’ils se reposent un peu puis se préparent.

Val se met à l’écriture de notre discours de réception du public, aidée par Noémie. J’en profite pour faire la conduite lumière… c’est à dire, avec deux costumes posés au centre de la scène, fabriquer des ambiances, scène par scène, avec le matériel qui est à ma disposition. Je ne peux rien noter puisqu’il n’y a aucun repère. J’en fabrique quelques-uns sur la console, et enregistre dans ma mémoire les ambiances que je vais devoir recréer, à chaque changement en manipulant une dizaine de potars tous différents…

19h, les comédiens sont quasi prêts, les spectateurs commencent à arriver. 19h45 nous ouvrons les portes et tassons les très nombreux spectateurs dans la minuscule salle. Prévue pour 60, nous arrivons à en faire rentrer une bonne centaine !

Nous allons donner le top aux comédiens et c’est parti.

Le son, piloté par Yann, la lumière, même rudimentaire, les maquillages, les costumes et les accessoires quasi tous finis, apportent une magie certaine… Le jeu des acteurs est assez décontracté, et les spectateurs au bout d’une dizaine de minutes, se détendent, comprennent l’idée, le style et commencent à rire. Andréa est magnifique, inventive et très à l’écoute. Brando est un peu tendu, un peu appliqué mais lui aussi est très très bien, avec un corps parfaitement bien placé. Tous les deux connaissent pratiquement tout leur texte. Ces deux jeunes acteurs sont extraordinaires, nous avons eu beaucoup de chance de les avoir ! Paola fabrique un Jules très drôle, présent et tout en nuances. Et, alors qu’hier elle avait beaucoup oublié dans sa partition complexe d’entrées, sorties et déplacement d’accessoires, elle accomplit aujourd’hui un sans-faute. Nivaldo fait ce qu’il peut. Malgré tout le retard accumulé, qui lui fait parfois oublier le sens d’une scène ou d’une autre, parfois complètement perdu dans son texte où il n’arrive plus à retrouver la page, il s’en sort finalement assez bien. Il est très porté par les autres, et son Argan émouvant finit par parfois apparaître…

Le public adore. Les applaudissements sont chaleureux. La troupe s’est emparée du spectacle. S’ils arrivent à trouver le temps de continuer à travailler, à apprendre les textes, à répéter les enchainements, à affiner le jeu… s’aidant de la vidéo de la version française qu’on va leur laisser, ils auront entre les mains un bon spectacle, très original sur le continent latino-américain.

Nivaldo nous dit qu’il a vécu, à travers ce travail, une véritable renaissance de sa volonté d’être acteur, et qu’il compte désormais s’y vouer corps et âme… Nous parlons aussi de la troupe, de la difficulté d’exister, de vivre de ce métier, voire d’en survivre… Nous le félicitons encore pour tout son courage et sa volonté !

Nous finissons la soirée à La Troja, le temple assourdissant de la salsa. Ils sont heureux.
Ouf, cette mission était un peu folle, mais elle est accomplie…
Bravo à la petite équipe…

Val, Yann et Phil

Fin de cette aventure à suivre…


Epilogue


Hier dimanche 12, repos le matin… vers midi nous partons à Las Flores où nous avons rdv avec la troupe pour un bilan et parler d’avenir.
Las Flores, c’est le fleuve Magdalena qui se jette dans la mer. D’abord un long enchainement de restos typicos de toutes les couleurs où la musique déborde sur la piste en terre, qui elle mène à la plage. Sur la plage, là encore quelques restos rootsissimes, pas du tout touristiques, des vendeurs de tout, nomades, dans des tas d’engins mobiles sur la plage…

On mange de délicieux poissons grillés con patacones y arroz coco. On se baigne, l’eau est caliente. À 17h, la troupe n’est toujours pas là. On prend un petit chariot motorisé qui se déplace sur d’antiques rails et amène une quinzaine de voyageurs tout au bout d’une jetée de dix kilomètres. Le wagon nous laisse au cœur d’un village de cabanes qui semblent devoir s’envoler au moindre coup de vent. On finit à pied, les gens qui habitent là pèchent au cerf-volant… c’est le bout du monde.

Le soir, on va manger dans un petit resto, Nivaldo, Paola et Andréa nous rejoignent. On fait un point dans le hall de l’hôtel sur le travail accompli et leur livrons nos réflexions : comment continuer à les aider. Ils sont fatigués et écoutent. Pour notre part, nous sommes très satisfaits du travail accompli, avons été conquis par leur motivation et leur investissement, enchantés par cette résidence, passionnés par ce travail.

Par contre nous avons regretté que Nivaldo n’ai pas pu plus se libérer pour ce rôle difficile… Il nous redit ne pas avoir pu faire autrement, a dû faire face à des tas de problèmes que lui seul a pu résoudre, réalité de terrain… forcément à prendre en compte… On partage avec eux l’idée de jouer une longue série à la rentrée, Valérie pourrait revenir à l’occasion de cette reprise, à condition qu’ils aient pu trouver le temps de répéter, sans nous, à l’aide de la vidéo de la version française. Paola prendrait la direction du travail. Nivaldo souhaite fortement revenir en France et travailler avec moi pour clore la passation d’Argan… Je lui dis que c’est une bonne idée mais que je ne suis pas libre avant fin 2018… Pour eux c’est tellement loin… Réflexions et réponses à venir…

Dix jours plus tard… suite et suite… Après quelques escapades merveilleuses dans cet incroyable pays peuplé de gens accueillants, gentils, qui prennent le temps de vivre, aiment faire la fête et s’amuser entre eux, et avant de sauter dans l’avion qui va nous ramener à la vie normale, nous avons retrouvé la troupe pour refaire le point, au cas où…

Val peut revenir à condition qu’ils reprennent le boulot : apprentissage du texte, répètes de la mise en scène, précision et justesse des intentions de jeu… Ils nous apprennent que le spectacle va tourner dans des collèges dans une vingtaine de jours, que d’ici là ils sauront tous le texte. Qu’ensuite ils ont prévu des travaux d’agrandissement de leur lieu afin de pouvoir continuer à travailler le spectacle chez eux !

Nous nous mettons d’accord sur des dates en octobre pendant lesquelles Val pourrait revenir et eux prévoir une série de représentations.
Nivaldo insiste une fois de plus pour venir à Marseille… nous envisageons sa venue en septembre, pour observer les répètes du Conte et dégager quelques heures pour bosser avec lui sur Argan…

Ils nous rejoignent à l’aéroport pour nous inonder de petits cadeaux, nous remercier encore et nous redire tout leur bonheur de cette aventure…