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JOURNAL DU VOYAGE EN COLOMBIE 2 > février 2018


Mercredi 21 février 2018

Et me revoilà sur la terre colombienne, cette fois-ci toute seule. Phil travaille son solo !! Et moi je reviens coacher nos amis de la Cie Cofradia.
Pour résumer, nous sommes venus en Juin 2017 pour offrir à cette Cie « Le Malade imaginé », un des spectacles de notre répertoire. Ils ont joué une fois à la fin de notre séjour.
Là, ils jouent le 2 Mars à Bellas Artes où nous avions fait la création.
Suis à l’hôtel, je comptais dormir après ce si long voyage mais j’avais oublié que la vie commence tôt ici. Dès six heures du matin, tout se met en route ! La rue avec ses machines, ses travaux, ses cris et l’hôtel avec son petit monde qui s’active.
Ca y est, suis amie avec la « dame qui ne fera pas ma chambre » (habitude de tournée, on essaye de les libérer et de ne pas faire faire sa chambre chaque jour en regardant bien qu’elles soient payées)
Cette nuit arrivée (six heures du mat, heure française) à l’aéroport, personne…
« hay alguien… me siento sola , solita.. »
Début du texte « El enfermo imaginado »
Bon, heureusement que j’avais gardé un tel au fond de mon portable qui avait encore de la batterie…
Ah oui, c’est vrai qu’on n’a pas la même temporalité !!
Adaptation, me voilà !
J’attends une heure Nivaldo au bord de la piscine, oui oui , un vieil hôtel un peu décrépi avec un magnifique jardin pour faire le point et mettre en route notre programme.
Je sais que je vais m’adapter et lâcher tout en restant vigilante et exigeante !!! Hahaha un vrai jeu d’équilibre !!!!
Je relis le texte en espagnol (que nous avons bien coupé) et tout me revient !
Arrivée de Nivaldo, très beau comme d’habitude derrière ses lunettes de soleil ! Et voilà qu’il me parle très très vite. Entre deux hochements de tête qui disent oui, je lui glisse que c’est mon premier jour et que je ne sais plus parler et encore moins le comprendre avec son gros accent !! Qu’importe, il continue !!!
Un taxi dans les rues colorées et nous voilà à Cofradia dans leur lieu ! Le décor est là, les acteurs aussi !! Embrassades, quelques questions et hop, Nivaldo disparaît pour régler les dernières affaires et être disponible demain… Cela me rappelle quelque chose !! Hahahaha je ris de ce décalage culturel
J’attends et j’apprends qu’il ne reviendra pas !!
En fait c’est une journée de SAS, d’adaptation où je sonde ma patience !!

Je pense à leur retard chronique Peut être que c’est eux qui ont raison, ils ont toujours quelque chose à faire en urgence au dernier moment !! ce qui veut dire qu’avant l’urgence ils prennent leur temps !! A réfléchir… j’avoue que je ne sais pas !

Dernier texto de Nivaldo (le directeur et metteur en scène de la compagnie) : « Manana 100%… » haha

 


Jeudi 22 février 2018

La vie commence quand on se lève tôt, très tôt !!
OK OK j’ai compris, moi qui aime me lever tard, c’est fini, en tout cas pour mon séjour colombien !! Avec le décalage horaire je me lève vers 6h 30 !
Rendez-vous avec le nouveau directeur de l’Alliance Française, Frédéric et notre grand ami Jorge qui travaille à l’Alliance depuis des années. Spécial dédicace à lui, si fidèle qui nous regarde avec passion. Autour d’un petit-déjeuner qui ressemble pour moi à un repas ! Viande, soupe, frites… haha.
Nous échangeons nos histoires de vie, d’envie.
Parlons beaucoup du théâtre ici… Très très difficile pour eux, pas d’aide, seulement du courage pour être artiste ! Frédéric veut que j’explique le système de l’intermittence en France. Oui… mais il y a aussi beaucoup d’artistes chez nous qui n’arrivent à vivre. Je vois le regard étonné de Nivaldo. Grand débat… Comment jouer ici ?
Nivaldo m’explique qu’ici c’est la patience qui gagne, il sème des graines et attend…
Par exemple, il est en train d’acheter une vieille maison où il va construire un théâtre et là, un jour, ils pourront jouer 3 mois d’affilée « El infermo imaginado »…
Immédiateté d’une vie très précaire et longévité des rêves. Bravo !
Suis touchée…
Rdv au théâtre pour le premier filage. Enfin ! J’ai besoin de savoir où en est le spectacle !!
Quatre acteurs sur scène dont un aphone, Brandon. Lyz, une actrice de la troupe, donne son texte. Suis très agréablement surprise au début puis petit à petit le spectacle se détend, les trous de mémoire s’accumulent. Bref heureusement qu’on joue dans 6 jours.
SIX grands jours.
Nous commencerons par répéter l’acte 3, le dernier acte après une loooooongue sieste.
Mon espagnol que je trouve très moyen me permet de les aider et ils me comprennent !
Les codes donnés au mois de Juin sont là.
La précision du corps et l’émotion.
Por favor ne criez pas ! C’est impossible.
Le dire et le re-dire, chercher le chemin de l’authenticité, de la juste vibration.
On avance bien et on finit plus tôt que prévu car Nivaldo a un rdv de travail. Un petit ange m’accompagne, Sylvia, une très jeune actrice de 17 ans qui en paraît 13. Elle tient le texte, un début de complicité naît.
Ca y est c’est parti, je resterais bien jusqu’à tard mais je dois me résoudre à suivre leur rythme.
Pas de taxi ce soir, on part à pied avec Andréa et Paula. Oh oui ! Besoin de savoir où je suis sur cette planète. Quel est mon quartier ? Où j’habite…. Besoin de marcher dans cette ville.
Cerveza à l’hôtel et confidence des actrices qui ont chacune un enfant de trois ans. Elles se lèvent tous les matins à 5 heures…
Je comprends la longue sieste…. Quel rythme, quel courage……


Vendredi 23 février 2018

Traversée de la ville à pied, je sais aller au théâtre seule !! Bien contente même si la pollution est extrême !!
C’est décidé, nous commencerons (et avons commencé !) par une bonne grande séance de Yoga chaque matin !
Nivaldo, le directeur et acteur qui joue Argan n’est pas là ce matin. On me fait dire qu’il a un problème avec son fils à l’université. Il reste un acteur aphone et deux actrices !
Matinée qui avance, précision du jeu. Je pourrais rester mille ans sur chaque scène mais je dois gérer le timing.
Repas au théâtre cuisiné avec amour par Nana, la nounou de Jéronimo le fis de la maison.
L’indispensable sieste pour eux et c’est reparti.
Nivaldo arrive vers 15h, je continue le chemin. On est sur l’acte 3 et il ne sait toujours pas son texte… J’essaye désespérément de dire aux autres acteurs qu’ils doivent apprendre à improviser dès qu’il a un trou mais pas facile pour eux. On refait 20 fois la scène mais ça ne rentre pas…

Gloups , je perds un peu patience et leur explique d’un ton plus sérieux qu’ils doivent se concentrer, que je suis venue les aider mais que je ne peux pas faire leur travail à leur place. Sept mois plus tard le texte n’est toujours pas su…. Je sais, Nivaldo le directeur doit gérer son équipe, donner des cours, courir chercher de l’argent…. Cela n’empêche que quand on est sur scène, on est sur scène et la concentration doit être au rendez-vous. Très difficile pour lui.
Je me remets tranquillement de ce moment de recadrage et on continue. Je dois affiner ma méthode, chercher une manière de lui faire comprendre et mémoriser ce texte. Je lui explique l’enjeu, le but, le sens…. Ca ne rentre pas … Alors je fais la méthode « on refait dès qu’il y a un trou » et petit à petit…
Pourvu que demain il n’oublie pas tout !

L’acteur a vraiment besoin de disponibilité dans sa tête pour être au moment présent.
Heureusement que les autres acteurs sont au rdv et que le chemin avance !!!!
Plus aucun problème avec la langue (pourtant, en deux jours !) sauf quand on se retrouve à l’hôtel devant une bière avec Paola et Andrea qui me parlent vite !!!

C’est très drôle qu’ils ne se rendent pas compte que je ne comprends pas !! Même quand je leur dis ils répètent aussi vite !
Alors je suis !!!!

 


Samedi 24 février 2018

J’apprends, j’apprends, j’apprends….
La patience …
Grande journée de répétitions…
J’essaye de leur donner tout ce que je sais et tout ce que je découvre avec eux.
Cela me demande une immense concentration et une paix intérieure.
Nous commençons par une grande séance de yoga. Cela nous permet à eux, comme à moi de rendre notre corps disponible à la journée, à l’instant présent.
Je leur parle beaucoup du métier d’acteur, de la technique et de la discipline qui est au centre du travail. L’improvisation, les émotions, la justesse, l’inventivité arrivent quand on est présent à l’autre, aux partenaires.
On fait et refait chaque scène.
Le repas dans leur petite cour est toujours un moment étrange pour moi. Personne ne parle, ils mangent et ils sont présents à la nourriture alors que moi j’ai envie de parler, de rigoler… et puis il y a la sieste sacrée. Quand je leur dis que je ne fais pas la sieste, ils me regardent avec de grands yeux étonnés. C’est impossible ici !!!
L’après-midi passe si vite que j’oublie de faire une pause !!
A la fin des répets, juste le temps de dire c’est fini, merci, on a bien travaillé et hop il n’y a plus personne !!
Mais où sont-ils ? Je les attends puis je pars dans la rue sac à dos ! Ils sont dans une petite tienda et boivent de la bière et du rhum ! Hahaha !! Je suis invitée à boire, à faire deux pas de danse !
Paola m’emmène chez le coiffeur !
Mais il est tard, il est sept heures du soir et on est samedi !!!
Au contraire, c’est bien, c’est le soir où tout le monde va chez le coiffeur !!
Ah bon ?
Alors allons y ! Toute petite boutique avec des mamies qui coupent les cheveux !! Un vieux monsieur aux beaux cheveux blancs entre et la coiffeuse lui coupe tout ! Cheveux, sourcils, poils dans les oreilles et moustache !!! Haha excellent !!
Ils ne veulent pas que je parte à pied et me commandent un Uber !
Tranquille, je monte dans la voiture et petit à petit une angoisse me prends. Je connais le chemin, c’est à coté et voilà que le monsieur part de l’autre côté de la ville ! Il ne suit plus son GPS. Je transpire… Je lui dis que ce n’est pas le bon chemin mais il m’embrouille en espagnol donc je ne comprends plus rien ! Je transpire ! Je lui dis que je vais à l’hôtel Genova et il me répond : « ah un Uber c’est mieux car vous auriez payé très cher pour aller dans cet hôtel ! » Gloups, j’aurais dû rien dire… Enfin au bout d’un temps qui me paraît infini, on revient dans le centre et là il me dit que je suis arrivée. Et non je ne reconnais rien ! Si si c’est là ! Non Monsieur, moi c’est carrera 44 calle 44 et on est à la calle 42…. Heureusement il reconnaît son erreur et enfin me ramène à bon port…
Oh lala il m’a fait peur celui-là.
C’est comme ces voitures qui ralentissent quand je marche et qui ont les vitres noires !!
Ah une bonne bière et relax ! Et hop surprise Jorge arrive avec un ami !!! Je peux débriefer avec eux de ma frayeur !!! Jorge dit que ce n’est pas normal !!! Ah bon ?


Dimanche 25 février 2018

Domingo, un beau dimanche… La ville est calme et paraît toute douce.
Aujourd’hui on répète à BELLAS ARTES dans le vrai théâtre. C’est dans ce magnifique lieu que nous avions répété en juin dernier, Phil, Yann et moi !!
C’est loin de l’hôtel et cela me permet de faire une virée rodéo avec ce taxi !! Haha, cette fois-ci je m’accroche à la portière tellement il va vite !!! Oh lala !!!
Arrivée dans ce palace avec ses grands jardins. Bellas Artes est le lieu des Beaux-Arts où tous les artistes de la ville sont réunis ! Grands arbres, oiseaux, graffitis, plein d’ateliers et une belle salle de spectacle ! Ca fait du bien car jusqu’à aujourd’hui on a répété chez Cofradia où le décor rentre à peine !
Visite tant attendue du nouveau lieu que Nivaldo et Paola vont acheter à 2mn de Bellas Artes dans la même rue !!! Quel courage !!
Pour l’instant, c’est une très vieille maison de plain-pied de 700 m. Avec du style !!
Nivaldo me fait la visite , comme un enfant heureux. Il imagine tout !!
Normalement si tout va bien, ils vont arriver à l’acheter en mars ! Wahouuuu
Il y a beaucoup de travaux et beaucoup d’imagination pour imaginer un théâtre mais je crois qu’ils vont y arriver !!! Bravo à eux !!!!
Retour au théâtre où on entame une longue journée !! On fait un filage arrêté. Liz qui fait le son a du mal à suivre ! Le matériel n’est pas au top et elle n’est pas technicienne ! C’est un métier !!!
A la pause je me promène dans le lieu et un grand sentiment de bonheur m’envahit. Je reconnais chaque coin, chaque arbre, chaque graffiti que j’ai pris en photo en juin.
Douceur de vie….
Très bonne répétition, on finit par un vrai filage !! Le niveau monte, je suis contente ! Ils sont tous très concentrés et Nivaldo est au rendez-vous.
Wahou, c’est beau de travailler dans un théâtre, un spectacle qui est déjà tout monté.
Comme une magicienne, j’appuie sur tel bouton puis sur un autre et j’huile la mécanique !!

J’adore !!!

 

 


 Lundi 26 février 2018

Ca y est j’ai pris le rythme !!
Levée à 6h30 du mat !
Ca fait des grandes journées !! Retour hôtel 21H30 !!!
Nous voilà de retour à Cofradia pour répéter. Nous n’avons eu le théâtre qu’une journée hier, dimanche !
Nous reprenons le spectacle depuis le début et là…. C’est du petit bonheur !!! Reprendre chaque scène, ajouter des petits éléments qui feront un beau puzzle et continuer la transmission de ce sacré métier d’acteurs et d’actrices !
C’est passionnant et la troupe suit.
Aujourd’hui la voix de Brandon va mieux. Il ne parle pas encore sur scène mais il a l’air confiant ! Ouf !

Ce soir conférence à l’Alliance Française : « la vie intime d’une actrice ».
Deux heures d’échanges sur l’art et sur la vie qui sont indissociables ! Et en français car ceux sont des étudiants qui ont le niveau. Les yeux pétillent et moi je me régale !! Frédéric le directeur très sympa reste pour écouter !
Ils rient ! C’est gagné ! Les faire rêver et les faire vibrer… Tout est ouvert, du travail sur scène à la vie de notre troupe et …. à la vie intime !!!! Hahaha
Je rentre bien « agotada », bien fatiguée car à chaque fois je donne tout !!!


Mardi 27 février 2018

Comme chaque jour je traverse la ville pour aller à pied au théâtre. Petit moment que j’affectionne. Je reconnais les rues, les gens qui me saluent !!
Un journaliste est là pour commencer notre grande journée ! Très intéressant, il m’explique pourquoi Baranquilla est une ville si métissée, un port , ouverture au monde entier. La grand mère de son épouse est de Syrie. Nous parlons avec passion et devons arrêter car place aux répétitions !!!
Une heure de yoga comme chaque matin ! Inspira, expira…
Nivaldo est heureux, il retrouve son corps et fier me montre qu’il a maigri ! hihihi
Sylvia , très jeune actrice de 17 ans fera le son vendredi. Je passe un long temps à elle pour lui expliquer le feeling de chaque musique.
Un pasado, un filage. Je suis confiante malgré quelques trous de mémoire !!
Départ vers 19h à l’école où nivaldo coordonne toute la partie culturelle depuis 6 ans. Grande « conférence » devant 110 étudiants ! Ah un micro ? ok, improvisation… entre deux exercices de théâtre, je leur parle de la vie des artistes en France …. Eux ils n’ont rien seulement leur courage pour continuer…. Ils me disent tous Bravo et moi je leur dis immense MERCI d’exister … émotion…
Ce soir on va à « la Cueva » , lieu où Gabriel Garcia Marquez dans les années 40/50 passa ses soirées avec ses amis artistes et intellectuels….
Petit à petit je rentre dans la vie de Baranquilla…


Vendredi 2 mars 2018

Levée très tôt.
Arrivée à Bellas Artes, les Beaux Arts où nous allons jouer « El Enfermo imaginado » dans le théâtre.
Beaucoup de monde dehors, en fait presque tous les étudiants dans le jardin ? Je ne sais pourquoi.
Direction le plateau. Les lumières ne sont pas encore câblées. John s’y emploie. Le son n’est pas bon et bien on fera avec ce qu’il y a !
Tous les costumes sont refaits à neuf ! C’est ce qui est incroyable ici !
Tout se fait vite ! Et se fait !!
Ils ont acheté les artifices pour l’entrée du Docteur Purgon, loué une machine à fumée…Asterliss leur déco toujours très très efficace et très zen ! Tout est là… Le décor est bien monté.
Tous les billets, « boletas » ont été donné ! Il en manque déjà ! Des personnes de Théâtre de Cartagena et de Santa Marta vont venir !!!
L’ Alianza Francesa va faire un pot après le spectacle !
Une union de Bellas Artes qui nous prête le théâtre, de l’ Alianza Francesa, de la Cie Cofradia et de la Cie Agence de Voyages Imaginaires !
Quatre partenaires pour ce très beau projet !
Hier soir Jorge m’a aidé à traduire mon discours. Je le dirais après celui de Frédéric le directeur de l’Alliance.
En attendant que le plateau soit prêt, je sors voir ce qui se passe dehors : on m’explique que c’est une grande assemblée car les toits des ateliers de musique se sont effondrés. Tout le monde est autour d’une immense table. Le micro tourne, les télés sont là..
Bon allez, il faut se concentrer ! Je retourne au théâtre.
On commence à régler le son.
Je fais taire tout le monde car il y a beaucoup de bruit !!!
Sylvia, jeune actrice est dans la régie, Paola est sur scène . Le son n’est pas très bon mais ça ira !
Nivaldo surgit sur le plateau.
« LE spectacle ne se jouera pas, ils font évacuer tout les Beaux Arts »
Arrêt sur image….

AH ?
Bon ?
Brandon (acteur principal) pleure. C’est la première fois que sa mère a décidé de venir le voir. Tout le monde est ému.
Mais ? Pourquoi ? Quoi ? Comment ?
« Alors on va jouer ailleurs, on prend le décor ! Il reste deux jours avant mon départ, on a qu’à jouer à l’ Alianza dehors si il faut, mais on doit jouer »
Jorge parle avec Nivaldo.
Le choc doit être grand car pas de rebond. On plie le décor…
Nivaldo et Paola disparaissent. On me dit qu’ils sont à la banque ?
Surréel !
Première fois que je vis ça ! A 5 Heures du spectacle.
Je pars à pied à l’Alliance pour retrouver Jorge. Tout le monde s’active pour faire : communiqué de presse, envoie FB et réseaux sociaux… Il y a des personnes de Cartagena qui ont loué un hôtel…
Oh lalala c’est triste….
En fait des travaux avaient été fait à Bellas Artes mais à la va-vite et l’argent a été détourné….. Corruption.
Ils ne jouent pas souvent et ce soir devait être un grand soir autant pour l’Art que pour la visibilité de leur Compagnie.
Nivaldo et Paola me rejoignent dans l’après midi. Ils veulent que je  partage leurs cerveza. Haha ! Non pas si tôt, gracias !!!!
Ils me montrent un papier avec fierté …C’est l’argent que la banque leur prête pour acheter leur lieu !!! C’est un lieu tout près de Bellas Artes qui sera leur futur théâtre.
Tout se mélange.
J’ai l’impression d’être dans un film ! Comme ils ont bien bu, ils parlent vite et je ne comprends plus rien…
On va au bord de la piscine à l’hôtel et ils parlent, ils parlent….
Une immense fatigue me tombe dessus. Comme si je tenais pour le spectacle… car en fait depuis mon arrivée je ne me suis pas arrêtée !!!
haha et j’aime ça !! Mais là… un petit tourbillon.
Ils partent et Andréa , Brandon et Jorge arrivent peu de temps après !!!
Oui suis ok pour boire cerveza ! haha.
Nous passons une très très belle, douce soirée à débriefer de tout… La vie d’un artiste ici. Très difficile car en fait, comme il n’y a pas de salles de théâtre et donc ils jouent très peu. Le seul gros théâtre est fermé ! Ils doivent louer les salles des universités ainsi que la matériel donc ils créent, jouent deux fois et arrêtent.
Dans le jardin de l’hôtel derrière nous un grand groupe
il y a des élections la semaine prochaine et chaque soir à l’hôtel il y a des groupes politiques qui viennent . On m’explique qu’ici, par exemple, si tu veux te faire refaire les dents, tu peux en échange de Trois voix !! Si Si ! Tu signes un papier comme quoi tu voteras pour tel candidat ! Et tout se fait comme ça ! Toit de maison, échange d’alcool, médecin……. Et tout le monde le sait… Wahou !!
On continue sous la pleine lune à regarder le monde. Ils rêvent de venir en France. Jorge leur dit qu’ils doivent commencer par apprendre la langue ! Il peut leur trouver des bourses pour étudier si ils ont un bon projet après. Jorge est vraiment si ouvert, si sensible….
Ce qui est beau c’est qu’ils ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent de leur métier. C’est dur pour eux mais ils rêvent et continueront à rêver ! A se battre pour que le théâtre existe. BRAVO vraiment BRAVO.
La lune est belle…
Je vais me coucher… épuisée mais avec douceur…


Lundi 5 mars 2018

Week-end nostalgique car comme vous avez pu le lire nous n’avons pas joué !!
Impossible d’aller dans un autre lieu, de se retourner rapidement.
J’en prends mon partie et décide de suivre le cour de la vie

Samedi, toute la troupe vient me chercher et nous faisons ensemble le tour de la ville et de ses marchés ! Ils ont envie de me faire plaisir après cette aventure rocambolesque. Joyeusement ils me montrent leur rue, leur quartier, une cerveza à la main !!
Dans un petit marché, petit surprise des vieux Monsieur  me jouent des airs d’ici . Accordéon et chant !!! Une aubade !!!
Ohhhhh suis touchée…
Dimanche après midi rdv à Cofradia pour voir la soutenance de Thèse de Poly. Elle n’a pas pu le faire aux Beaux Arts , et s’est réfugié chez la troupe !!
Wahou , quelle surprise !
« Cartas de suicidas por el papa Noel »
Deux acteurs autour de Poly pour raconter, dénoncer, crier, danser. La manipulation d’un père dans l’enfance d’une jeune fille. Un père qui finit par l’attacher comme un animal et joué avec elle comme un objet ! Très fort ! Très esthétique.  Des acteurs au corps singuliers. Poly dépasse tous les genres et veut parler de tous…
Elle se réfère, entre autre, à Angelica Lidell qu’elle connaît par ses vidéos. Je suis impressionnée.
On me demande si son spectacle fait européen… Ben , non puisqu’il se fait ici !!!
Entre performance, théâtre, danse, transgenre ,vraie histoire..
Apres le spectacle Poly soutient devant une assemblée sa thèse !! Bravo !
Elle aura 4,5 /5 avec une mention !!!
C’est toujours singulier de noter une artiste mais bon. C’est dans un processus universitaire et elle le savait !

Dernière réunion avec la compagnie Cofradia pour parler du processus et faire un bilan.
Le plus difficile comme vous l’avez surement compris est de jouer car il n’y a pas de salles de spectacles à Barranquilla ( je crois qu’il y a un ou deux  lieux tout petit).
Nous cherchons toutes les idées possibles.
Et ils vont jouer.
Nous parlons de notre métier, du cœur du sujet , des répétitions.
Comment aborder le travail de personnages, la recherche de l’émotion juste, la distance pour ne pas être réaliste….
Nous parlons du prochain projet que nous allons faire ensemble.
Avec ce spectacle qui est monté, je leur dis que nous avons un terrain de recherche pour tous les acteurs. Normalement le travail continue avec le public. Ils sont très étonnés quand je leur dis que Philippe, le metteur en scène nous a suivi pendant deux ans en tournée sans rien lâcher. Tous les jours , il nous faisait des retours de notes et avant de jouer il y a une séance de répétition. Et c’est comme ça pour tous les spectacles.j
Nivaldo me raconte la vie de la Compagnie, comment il aide les acteurs dans leur vie perso pour qu’ils continuent ce métier.
En fait c’est ça qui est fou : ils sont comme nous mais sans aucune aide financière.
Pas facile d’être un acteur ou une actrice dans cette ville.
Je leur donne le plus d’espoir possible. Ils sont très courageux et je sais que Nivaldo et Paola font tout pour leur Compagnie.
Je vais revenir bientôt !
En attendant, ils vont chercher des dates. Ils en ont déjà trouvé !!

La novela Colombiana s’arrête là. Je rentre à Marseille rejoindre mon groupe. Nous répétons jeudi et partons samedi en tournée c’est à dire demain.
La terre continue à tourner, les chercheurs sont toujours sur le chemin.
Je suis très fière et heureuse de cette aventure, nostalgique de les quitter.
Je voudrais fermer cet épisode en remerciant  l’Institut Français, l’Alliance française, Bella Artes, la Cie Cofradia, L’Agence de Voyages Imaginaires qui permettent de continuer ce projet de transmission.
A tout ceux qui poursuivent leurs rêves et qui aident les autres à les réaliser !!

Valérie Bournet

. . . FIN




JOURNAL DU VOYAGE EN COLOMBIE 1 > juin 2017


Mardi 30 mai 2017

Minuit, valises bouclées, je vais me coucher après avoir vu War Machine, un nouveau film américain sur la bêtise des militaires et l’inutilité de la guerre. Brad Pitt est hilarant et prouve là qu’il est un grand acteur. Très beau numéro aussi de Ben Kingsley, dirigeant afghan… Très drôle et très émouvant. Bref, je règle mon réveil à 6h et passe une bonne partie de la nuit à faire la liste dans ma tête de tout ce que j’ai oublié et ce que je vais devoir préparer, et à me faire un petit auto-cours rapide d’espagnol.
À six heures, la lumière orange qui réveille la ville est très belle. À six heures et quart, il pleut. Je charge la voiture, relève le compteur EDF, dépose mes poubelles et fonce vers le Pôle Nord où je me gare. Le petit train m’amène à l’aéroport où j’embarque rapidement pour Paris Charles de Gaulle. Le temps de me connecter, de relancer quatre coproducteurs et et de répondre à quelques mails, mon avion pour Bogota est là. 10h de vol, quatre films, étude du texte du Malade en espagnol, révisions de la langue. Arrivée à 17h35 heure locale (minuit 35, heure française). Ma correspondance pour Baranquilla atterrît enfin à ma destination finale à 20h30. Luis Miguel m’amène à tombeau ouvert dans sa japonaise rouge à travers la nuit colombienne. Mon espagnol révisé sort de ma bouche comme des postillons par bribes laborieuses et je comprends la moitié de ce que me dit mon messager, dont la voix est de toutes façons couverte par la salsa qui hurle de la radio. Je retrouve avec plaisir les antiques bus multicolores, la chaleur et tout ce qui me dit : on y est !
On arrive à la universitad de las artes. Je retrouve Yann, Valérie, Nibaldo et une partie de sa troupe. L’équipe est très sympathique, et semble sur-motivée ! On échange comme on peut. Valérie se débrouille toujours comme si elle parlait couramment, en mettant l’un derrière l’autre toutes sortes de mots qui finalement forment des phrases que tout le monde comprend. Yann écarquille les yeux comme pour mieux entendre les dispositions que Nibaldo nous donne pour demain et toute la cession.
23h : ça fait 24 heures que je me suis levé… Luis Miguel nous amène, nous arrête dans le quartier de l’hôtel où tout est ouvert. On achète mangues, bananes et arepa (galette) de maïs ou fromage.
Petite bière à l’hôtel avec Val et Yann, on fait le point… on se rassure…
À la lumière du néon, je défait mes bagages dans ma chambre surchaude, mets la clim à fond et, minuit de là-bas, tache de m’endormir comme dans un moteur d’avion. 2h du mat, je me gèle, j’éteins la clim mais le bruit ne cesse pas ??? Ma fenêtre donne sur un puits de lumière dans lequel est installé un énorme moteur de clim…
5h : la famille voisine se réveille ; téléphone, parle de choses et d’autres avec beaucoup de gaieté, comme s’ils étaient contents d’avoir un nouveau voisin…
6h : je me lève, ouvre les rideaux mais rien ne change, je me penche et voit que mon puits de lumière est chapeauté par un toit qui filtre presque à 100% la lumière du matin. Je rallume mon néon, prend une bonne douche et descend à la réception pour demander une autre chambre…
A suivre…
Besos
Phil


Jeudi 1er Juin 2017


J’adore ma nouvelle chambre ! De l’autre côté du couloir !
C’était la nuit, c’est le jour !
Ce matin, jeudi 1 juin, après un desayuno de arepa con huevos (galette de maïs et œufs), départ en Uber pour Cofradia. Aujourd’hui on travaille dans le lieu de la compagnie parce que la salle de répètes de l’université a été désinfectée, elle doit être repeinte ce matin et cet aprem, il y est prévu le montage de la lumière… hum hum.. Ce soir, rien de tout ça n’était fait… Yann a juste réussi dans la journée à tracer le cercle au sol !
Arrivée vers 10h, perdus par un chauffeur d’Uber vénézuélien réfugié en Colombie parce que, d’après lui, c’est mieux ici, ce dont je doute. On est accueillis par une partie de l’équipe. Mais étrangement personne ne semble vraiment disposé à commencer quoi que ce soit… à pars Jexica qui avance bien sur les costumes. On arrive à coincer Nivaldo entre deux portes et à lui poser les questions cruciales du style « Quand est-ce qu’on commence ? » etc… Quand on a posé les questions cruciales, on propose de s’assoir pour discuter et tout le monde disparait !
On va manger un bout, Yann choisit de la chèvre, nous du poisson, des avocats et des mangues délicieux…
14h30 : Andréa et Paola sont toutes les deux là (on les tire de la sieste…) pour essayer le rôle féminin. À nous de choisir laquelle, l’autre jouera le rôle de Juilo (Jules)… Il doit faire 45° dans la salle de répètes, et nous transpirons à grosses goutes. En travaillant la 1ère scène, Argan / Tonita, on se rend compte à quel point notre travail est précis et exigeant, comment le corps raconte l’émotion et participe au jeu. 10 minutes de scène nous prenne deux heures. Chaque seconde de mouvement ou de jeu devient l’occasion d’exprimer notre vision des fondamentaux du théâtre (en espagnol, dico sous la main, c’est folklo…).
Brando, l’acteur qui doit jouer le rôle masculin, doit être là à 16h… mais on ne le voit pas et on continue à travailler avec les deux filles jusqu’à 18h30. Après discussion avec elle, Paola sera Julio, elle en est très contente, car même si c’est un rôle muet, c’est un rôle important et passionnant. Andréa sera Tonita, Angélica et Belisa.
Yann a réussi à réunir quelques accessoires, le projet de certains éléments des ensembles des « costumes et porte-costumes mobiles » est partagé par un scénographe que nos avons croisé en coup de vent… Nous avons commencé une liste de priorités en déco / costumes / accessoires…
Hier soir nous nous posons, épuisés, autour d’empenadas, guacamol y cervesa, avec notre ami Alberto.
Ce matin rdv à 8h pour démarrer les répètes avec tous…
À suivre !
Phil

Capsule audio du 2 juin de Valérie :

 


Samedi 3 juin 2017

La faculté de los bellas artes de Baranquilla est une ville ! Un ensemble d’impressionnants bâtiments coloniaux plus ou moins en bon état et de jardins, où se côtoient un millier d’étudiants en théâtre, arts plastique, musique, danse … , professeurs, gardiens, personnes à l’entretien etc… On est en pleine cession d’examens, ça grouille de projets, de répètes de toutes les disciplines.
À 8h, tous nos acteurs sont là. Notre salle de répétition comporte un petit gradin en bois d’une cinquantaine de places, le sol est planché et les murs ont bien été repeints en noir. 4 ou 5 spots sont installés au plafond avec du fil de fer mais insuffisants pour travailler, nous travaillons au néon. La clim de marche pas, il fait très chaud. Valérie et moi, nous dégageons chacun un coin du gradin pour s’installer.
Les quelques accessoires et le matériel qui devaient être là ce matin sont finalement restés au siège de la compagnie. Nous n »aurons pas l’atelier ici aujourd’hui, Yann part là-bas pour travailler, avec John, jeune régisseur lumière-accessoiriste.

Les exercices que nous proposons pour commencer, concentrer les acteurs et sonder leur niveau, nous révèlent une très petite exigence d’écriture corporelle et un grand manque de précision…
Nivaldo a la cinquantaine, il est le leader du groupe. Il a réussi le miracle dans ce pays de faire vivre une compagnie. Il est très occupé à 1000 choses. Il est très reconnaissant de notre venue, très conscient du cadeau que ça représente pour sa troupe, dans ce pays décousu… Quand il est là, il est très disposé à écouter les retours et se donne en entier à chercher à construire le personnage d’Argan. Paola, sa compagne, a 37 ans, elle joue Julio, le manipulateur. C’est un très bon choix. Paola est patiente, très sérieuse, très appliquée. Son rôle, le maitre de cérémonie lui convient parfaitement : elle devient le garant du jeu, pouvant intervenir à tout moment, y compris en soufflant le texte…
Andréa à 22 ans, elle est très douée. Il faut construire avec son inexpérience.
Brando a la vingtaine, nous avons à peine commencé à travailler avec lui. Il a un corps très bien placé, fait de très bonnes propositions dans la présentation de ces 6 personnages. J’ai l’impression que Brando ne fait qu’un repas par jour…

La Colombie fait partie du tiers monde. Beaucoup de pauvreté dans les rues peu entretenues et remplies de couleurs et d’architectures de toute sortes. De la cabane multicolore, à la petite maison rose, jaune, bleue, verte… avec jardinet, à la blanche et grande maison coloniale, et aux trottoirs carrelés, dont les racines des manguiers font  par endroits exploser  les carreaux…  mini et grandes boutiques d’enpenadas à chaque coin de rue, musique de partout a tue-tête surtout le vendredi soir, y compris dans la chambre en face de la mienne (mon ancienne) remplie de jeunes festifs !!!

Les acteurs sont tous très motivés et très sympas. Nous travaillons jusqu’à 19h. Valérie et moi partageons sans cesse le plateau, quasiment sans nous le dire, nous nous remplaçons parfois pour diriger, mais travaillons quasiment tout le temps ensemble. Heureusement que nous sommes deux. Je m’occupe beaucoup de Nivaldo, Val des autres.Parfois l’un ou l’autre disparaissent. Parfois il ne reste plus qu’une personne, alors nous travaillons avec lui, nous remplaçons les manquants, nous ne perdons pas une seconde du peu de temps qui nous est offert pour… accompli ce miracle !
Le soir nous filons la moitié de l’acte I, c’était notre objectif. Ils ont tous, presque tout le temps, le texte à la main. Le jeu est parfois très approximatif mais la mise en scène, les déplacements sont très bien retenus.
Yann est revenu. Il a travaillé comme un fou toute la journée et a commencé à amener des éléments.

Aujourd’hui samedi, Nivaldo arrive à 18h… nous allons donc travailler sans lui et prolonger notre séance jusqu’à 21 ou 22h…
Aujourd’hui Béline et le notaire font leur entrée !
A suivre !
Phil

Capsule audio du 3 juin de Valérie :

 


Dimanche 4 juin 2017

Ah la la !  Les nuits du week-end colombien sont aussi colorées que les maisons ! Cette nuit, notre hôtel a encore accueilli un groupe de gamins qui ont adoré monter et descendre les escaliers en courant jusqu’à très très tard… Et sous nos fenêtres, un pauvre gars qui avait apparemment oublié ses clefs a passé la nuit à crier à l’intention de ses amis « Angela… Roméo… ». Au début c’était drôle… il est 6h du matin, sa voix est fatiguée mais il ne s’est pas démotivé…
Finalement, cette ville est très belle et très propre. Les Baranquillains prennent soin autant de leur maison, qui est bichonnée, joliment peinte et décorée, que de leurs rues, de leur devantures et de leur trottoirs. Dans la journée, c’est vraiment un plaisir de s’y promener… Enfin en tous cas le matin tôt sur le trajet qui mène de l’hôtel à la salle de répètes, à midi dans le quartier de la fac et le soir dans celui de l’hôtel…

Hier samedi 3,  Nivaldo n’était pas là, nous avons donc avancé jusqu’au début de l’acte 2 sans lui. Les trois autres ont été magnifiques. Motivés, de bonne humeur et hyper concentrés. Le reste de l’équipe est aux petits soins pour le plateau. La salle est nettoyée tous les jours et on nous amène de l’eau. Jexica, dédiée aux costumes, travaille d’arrache-pied pour fournir le maximum d’éléments dans les temps. Liss s’occupe de l’intendance, de ranger la salle et remplace souvent et avec brio Nivaldo.
Hier soir la patinette d’Angélique est arrivée de l’atelier de ferronnerie. Elle est encore à l’état brut, a besoin de réglages, mais elle va être chouette. Cet atelier est situé dans un quartier chaud de Baranquilla et surtout très éloigné de nous : Yann perd beaucoup de temps à y aller et à trouver un taxi qui accepte de s’y rendre… Dans la fac, il y a des ateliers de menuiserie et de ferronnerie, mais Yann n’arrive pas à pouvoir y être introduit. On ne comprend pas trop pourquoi… Il travaille dehors avec du fil de fer et du scotch… et manque cruellement d’un poste à souder… mais il nous a quand même déjà amené la structure métallique des personnages  de Béline et du notaire / nain ! Peut-être aujourd’hui aura-t-il accès à cet atelier dont on nous parle depuis le 1er jour… qui sait ?

Aujourd’hui, nous allons reprendre tout le travail d’hier avec Nivaldo / Argan et tacher de continuer jusqu’au milieu de l’acte 2. Nous travaillons le jeu et la mise en scène l’œil rivé sur la montre…
À suivre !
Phil


Lundi 5 juin 2017

Hier c’était dimanche. Le dimanche dans les rues, c’est la tranquilidad absolue, surtout à 7h du mat… les baranquillains ont fait la fête deux soirs de suite, ils récupèrent… Apparemment nos acteurs aussi, rdv à 8h, personne et porte close… il fait déjà très chaud, bien plus qu’à Marseille en plein midi au mois d’Août ! Ouf, une fenêtre est ouverte… on en profite pour se faire une bonne séance de yoga, ça fait du bien.
Ils sont là à 9h moins le quart…

À 9h on reprend avec Nivaldo et Andréa (Brando n’est pas là… Val le remplace) ce qui a été vu hier sans lui, du coup ça va assez vite. Mais il ne faut pas lâcher Nivaldo plus de 30 secondes sinon il disparaît… téléphoner ou s’occuper d’on ne sait quoi… Il est soucieux et très occupé… À un moment il sort en trombe, en plein milieu d’une scène pour aller s’occuper du poste à souder… Bon, il est directeur d’une compagnie en Colombie : faire vivre des acteurs ici tient du miracle et demande sans doute d’avoir la tête à beaucoup de choses… Bref, quand on le tient, on étire la répète au max. À 11h arrive Brando, à 12h30, on a remis Nivaldo au niveau de tous.
Yann nous livre de petits accessoires mais n’a toujours pas accès au poste à souder… Son atelier est dehors, devant notre porte. Nous on a un peu de clim, lui il a le chauffage à fond. Il est en nage du matin au soir.
Rdv à 14h pour la reprise. À midi, déjeuner d’avocats, bananes et mangues miam !
Le travail avance bien, mais on prend conscience que le spectacle devient très complexe à l’acte 2. Beaucoup de machines, beaucoup de texte, de monologues… on décide de couper un peu…
Tout le monde a disparu, Yann et moi nous endormons, Val se met aux coupes.
Vers 14h30 tout le monde revient mais ils n’ont pas mangé… qu’ont-ils fait ????

L’après-midi on attaque la suite, tout est à découvrir, ça devient plus laborieux. Andréa est très bien, elle comprend vite, elle est très gaie et avance bien. Brando est un peu comme Robert, l’acteur qui joue dans la version française, plein de possibilités, plein de propositions pour les personnages comiques, il faut aller le chercher pour l’émotion. Le travail le plus compliqué est avec Nivaldo parce que le personnage d’Argan est complexe… C’est un clown et tout tient à de toutes petites nuances et a beaucoup de retenue… Nivaldo est très motivé et très disponible quand il est là. Il est conscient du travail que ça représente e très reconnaissant mais c’est monsieur 100 000 volts, c’est un ogre mangeur d’énergie… Sur scène, il a beaucoup de présence, mais pèche en technique clownesque… malgré tout, à force de lui montrer il comprend et il essaye… et ça avance. Ils sont toujours tous adorables et hyper bien disposés !

Dans l’après-midi Asterlitz le scénographe (suis pas très sur de son nom…) nous livre les Diafoirus ! Très beau ! Le même que le nôtre !!! Paola, qui fait Jules (et qui est géniale) essaye avec Brando, c’est parfait, en 5 mn elle maitrise ! Il manque encore beaucoup de costumes mais on a les structures de Béline, du notaire nain, la trottinette et les Diaf. Il nous manque encore Purgon et Cléonte…
Dans l’aprem, Nivaldo me montre des échantillons de plastique – lino bleu pour le sol, de très beaux produits… Je lui rappelle que dans cette salle on n’a que 6 mètres… il dit que c’est pas grave, ils en feront un de 6 et un de 7 !

À 17h30, on pause. Rdv pour la reprise à 19h. Petit resto sympa musique à donf, on hurle pour se parler… pas super reposant. On est en retard sur notre planning. On décide de couper beaucoup plus. À 19h, il n’y a personne, on coupe 3 pages. À 20h, on essaye avec eux, c’est complexe d’enlever de grands pans mais ça marche… !

À 21h filage. Du début à la petite moitié de l’acte 2. Belle surprise, ils se souviennent quasiment de tout, on retrouve les qualités et les défauts de chacun et les scènes pèchent surtout à cause du rythme, mais quelque chose commence à apparaître…

Aujourd’hui Nivaldo n’est pas là avant 15h, Brando est absent de 14 à 17h et Andréa de 18 à 21h… On va composer avec tout ça !
À suivre !
Ah pas de wifi…
Ah pas d’eau… !

Phil

Capsule audio du 5 juin de Valérie :

 


Mardi 6 juin 2017

Rentrés à une heure du mat, on s’est donné ce matin un peu de temps pour récupérer, mais Amalia, qui nous fait les chambres et le petit déjeuner a absolument tenu à me donner mon linge propre à 7h… dommage j’aurais bien dormi jusqu’à 8 !
Hier lundi 5, la faculté Bellas Artes était à nouveau remplie d’étudiants, qui présentaient leurs travaux. Nous arrivons, comme prévu à 9h mais personne n’est là, et cette fois ci, la fenêtre est bien fermée. Andréa arrive la première. On fait un point avec Yann sur les accessoires et costumes manquants, il y en a encore beaucoup… Brando arrive peu après, on travaille avec les deux. Ils sont toujours aussi super, ils avancent vraiment bien. Une pluie diluvienne tombe sur la fac, ça  apporte un peu de fraicheur et les mangues jonchent le sol…

À midi, comme il pleut toujours, on mange nos avocats, mangues et ananas à l’intérieur, puis je m’écroule à la sieste pendant que Val et Yann cherche des solutions pour faire avancer les accessoires.

L’après-midi, il n’y a plus qu’Andréa. Val et moi à tour de rôle jouons tous les autres personnages et dirigeons Andréa. On va jusqu’à la fin de l’acte 2, avec elle toute seule… pas facile sans les autres… on en profite pour travailler avec elle les détails du jeu. On continue à couper, car plus on avance plus on prend du retard.  La trottinette ne fonctionne pas bien… on doit la modifier mais on n’a toujours pas de poste à souder… nous décidons d’en louer un mais Jexica et John qui travaillent avec nous sur Béline et d’autres accessoires ne savent pas où… nous ne trouvons pas de téléphone avec internet et ici pas de wifi…

En milieu d’après-midi, arrivent la moto de Cléonte et le socle de Purgon. Encore deux très belles pièces ! Béline est recouverte de mousse et Yann a terminé la structure des costumes des Diafoirus.

Nivaldo nous avait dit qu’il serait là à 15h, il arrive à 19h… Ici, les notions d’heures et de rdv sont aléatoires et Nivaldo toujours très pris. Andréa doit partir et Brando présente un spectacle de fin d’atelier dans une autre salle de la fac. Comme nous sommes cette fois-ci tout seuls avec Nivaldo, nous travaillons les moments purs clownesques. Il est très patient. Nous sentons qu’il est très fatigué. Il demande une pause, puis nous reprenons. Nous travaillons pas à pas avec lui, il comprend bien et avance bien.

Jexica me dit qu’elle a trouvé où louer un poste à souder… ça avance.

21h, à l’heure du filage, Nivaldo provoque une réunion entre tous leurs membres, le ton monte fort… nous sortons pour ne rien entendre… mais je crois comprendre sans comprendre qu’ils parlent de nous et de l’accueil qu’il se doivent de nous réserver…

On commence le filage à 22h15. Moins bien qu’hier, plus décousu, l’approximation due au manque de travail ressort très fort, à part certains moments. Nivaldo est trop dispersé, il me regarde après chaque réplique pour vérifier l’effet que ça me fait… je suis obligé de passer sur scène, derrière les acteurs, pour pouvoir me concentrer. Au cours des retours, nous leur rappelons que sur scène il faut se perdre, oublier le monde, se lâcher, tout donner. Sans ça on arrive à rien, que l’extérieur n’existe plus, que le monde n’existe plus, à part celui qu’on est en train de créer… qu’il n’y a aucun autre moyen de créer de la magie.

Ce matin, le rdv est à 10h. Il nous reste 4 jours. On doit finir le tour, et trouver le mode de présentation pour Samedi. Les textes seront encore souvent à la main, il y aura des souffleurs et Valérie et moi peut-être continuerons à intervenir en direct… à voir…

À suivre !
Phil

Capsule audio du 6 juin de Valérie :

 


Mercredi 7 juin 2017

Depuis lundi, une équipe de foot habite l’hôtel, avec les remplaçants, les entraineurs… ils sont très nombreux et sont tous habillés pareil… Ce matin à l’aube, j’ai l’impression qu’ils avaient décidé de faire un match dans le couloir… En Colombie, vouloir dormir est un challenge !

Nos 15 minutes à pied du matin nous permettent de nous délier, de voir la Colombie… et de faire nos petites courses. Et c’est chaque matin un bonheur d’entrer dans cette belle faculté Bellas Artes et ses jardins, toujours remplie de jeunes artistes, de belles têtes, de musique, de jeunes chercheurs… Nous croisons un plasticien qui fabrique des très beaux carnets, peinture, textes, découpages, collages… Bon bon bon… mardi 6, à 10h, nous sommes encore une fois les premiers et sans la clef… il fait très chaud ce matin… on est déjà en nage. Petit point avec Yann sur les urgences en déco.

On attaque avec les quatre (enfin!) vers 11h. Valérie et moi les coachons de près. À deux, on se partage les acteurs, les déplacements, le jeu, on les lâche pas. On les presse comme des citrons, on ne laisse rien passer et on avance.

Vers midi, nous voyons Yann désœuvré… On a toujours pas de poste à souder, il nous manque toujours plein de petites choses, il ne peut rien faire… je laisse continuer Val toute seule et demande à Liss (assistante, actrice, avec nous régisseuse son, filmeuse avec son téléphone, etc…) d’appeler Asterlitz, le déco, et Jexica, la costumière. Je leur dis que cette histoire de poste à souder et petits accessoires commence à me rendre fou ! Azterlitz dit qu’il doit arriver « en un rato », ce qui veut dire ? Une demi-heure ? Une heure ? Jexica me dit 5 minutes… Ils arrivent tous les deux à 19h…

À Cofradia, dans cette troupe de théâtre, tout le monde est acteur, étudiant, professeur… il est évidemment impossible ici de n’avoir qu’un poste ou qu’une fonction. Du coup, tous ceux qui ne jouent pas deviennent un peu assistants, régisseurs, costumiers etc… mais personne ne peut vraiment prendre de décision : tout passe par Nivaldo. On essaye de s’adresser à d’autres que lui, qui est très occupé, on nous répond toujours : d’accord, je vais voir avec Nivaldo…

À 13h, mas o menos, on finit l’acte 2. Il pleut. Sardines, avocats, bananes avec notre copain Alberto, on commence à parler des vacances colombiennes qui nous attendent à la suite de ce marathon… ça fait rêver…

On décide de couper le 2ème interlude. Ouf, on saute une grosse difficulté ! L’après-midi, on attaque le 3ème acte, on avance bien. À 18h, Nivaldo et Andréa doivent partir. Rdv à 21h pour le filage. On reste avec Brando avec qui on peut travailler toute la partie mime de Béralde…

À 19h, Azterlitz nous livre le sol, quatre laies d’un très beau lino bleu reliées par des bandes velcros (à découper en cercle), la porte de feu, le porte manteau et un tas de petits accessoires. Toutes les pièces ressemblent étonnamment aux nôtres…  Jexica continue à nous livrer des pièces de costumes. Finalement, petit à petit, tout arrive. C’est hallucinant comment ils peuvent en si peu de jours réaliser tout ça !! Ce qui est difficile pour nous depuis le début, c’est qu’on ne sait pas trop (et Yann a du mal à gérer tout seul parce qu’il parle peu espagnol…) mais en fait ils assurent à fond ! On fait le point avec Asterlitz, il est très tranquille (comme tout le monde ici…) et très rassurant. Même sur les pièces difficiles il n’est pas inquiet (comme personne ici…).

À 21h on doit filer mais Asterlitz et John (20 ans, assistant, acteur, régisseur lumière, étudiant) sont à la découpe du sol… Je demande combien de temps, ils me répondent : un ratito… à 23h, on attaque le filage.

Tout le monde est épuisé mais le filage est plutôt mieux qu’hier soir. Andréa et Brando assurent à fond. Ils sont excellents, apprennent leur texte, comprennent vite et sont toujours aussi bien disposés. Nivaldo est un peu en retard, il n’arrive pas à trouver le temps d’apprendre son texte, passe par des gouffres… mais il avance aussi et touche parfois de jolis moments de fragilité… Paola qui fait Jules le manipulateur est vraiment super. Le spectacle apparaît réellement, comme d’habitude c’est un moment magique… En principe demain on finit… Après, il nous restera deux jours pour peaufiner, enfin en tous cas pour essayer de faire en sorte qu’il n’y ait plus de moments comme il en existe encore plein pour l’instant où l’on chute dans des profondeurs abyssales… J

À suivre !

Phil

Capsule audio du 7 juin de Valérie :


Jeudi 8 juin 2017


Le personnage d’Argan est un personnage complexe, très proche de moi, c’est « mon clown »…. Valérie et moi nous posons la question de la passation de ce type de personnage, comment aider Nivaldo à trouver son propre chemin, son propre clown… Se pose la question de l’imitation et de ses limites. Ne pas imiter l’image, mais la fragilité intérieure… Comment l’aider à repérer ça ?
De plus, le principe du double jeu clownesque, l’un avec son partenaire, l’autre, différente, avec le public, avec qui il entretient une totale complicité, son immense sensibilité, et sa capacité enfantine de tomber dans de terribles colères comme d’éprouver d’immenses chagrins, le tout sans tomber dans du cabotinage ou des enfantillages… c’est pas simple à enseigner en peu de temps.
Hier, mercredi 7, quand nous arrivons à la faculté Bellas Artes, Nivaldo est en train de travailler tout seul dans un des jardins et tout le monde est déjà dans la salle de répètes !

Nous entamons la dernière partie du spectacle. Dans notre adaptation du Malade, l’acte 3 est très mixé, beaucoup de scènes se jouent en même temps. Argan est constamment pris entre deux feux, ce qui rend les scènes très complexes à monter parce que remplies de tops et de rendez-vous. Tout le spectacle est écrit comme une partition, cette partie est la plus dense.
Tout le monde est en forme et nous arrivons à avancer assez vite. Toutefois à 14h, nous n’avons pas fini, tous saturent d’informations et nous devons arrêter un peu.

Nous reprenons à 15h. Nivaldo nous accorde une demi-heure, nous réglons avec lui un passage où après sa fausse mort, Argan et Molière se confondent. Nous entrons dans une intimité tragique avec le double personnage, qui livrent leurs angoisses de mourir et à la fin de laquelle l’Auguste meurt étouffé par un confetti… Nivaldo trouve une justesse simple et très émouvante. Il nous dit qu’il sera de retour à 18h. Nous fabriquons toute la fin avec Andréa, Brando et Paola, allons manger des tacos et revenons pour 18h. À 19h, Liss nous informe que Nivaldo ne pourra pas être là avant 21h…

Il est toutefois de retour à 20h. On travaille avec lui sur le prologue. Du clown pur. C’est difficile, ce n’est pas son langage, mais il est toujours très volontaire, capable de faire et refaire, et pas à pas, il y touche ! On sent que ce n’est qu’une question de temps de travail…

Nivaldo a une soif terrible de travail. Toujours très positif, très gai et bourré d’énergie, il est très contrarié de ne pas pouvoir s’offrir toute la disponibilité nécessaire à ce travail. Il me raconte qu’il doit passer un temps fou à trouver et à conserver le financement de sa compagnie. Qu’il doit constamment être sur le pied de guerre. L’existence de sa compagnie ne tient qu’à un fil. Il me dit qu’il est entouré d’une équipe merveilleuse et c’est vrai, nous le vivons tous les jours. À l’extérieur de la salle de répète, c’est une ruche, ça travaille dur et toujours avec le sourire…

On commence le filage à 22h30 et tant bien que mal… on va jusqu’au bout !!! C’est déjà une réussite. Mais on n’y est pas encore. Le travail du jeu et de la mise en scène avance mais pas assez vite, beaucoup de trous, de vides… Il nous reste deux jours.
Il manque beaucoup d’accessoires, de costumes, de finitions. Les comédiens jouent souvent le texte à la main. Demain on devrait avoir la sono, pour travailler le son (demain, mañana, ici c’est le mot magique ! Quand est-ce que… ? Mañana !  ) et peut-être une liste de projecteurs pour pouvoir fabriquer la lumière… il nous reste deux jours…

À suivre !

Phil

Capsule audio du 8 juin de Valérie :

 


Vendredi 9 juin 2017


Hier, Jeudi 8, avant dernier jour. Tout le monde est là quand on arrive, sauf Brando, qui, nous l’apprenons, a ce matin une présentation publique des travaux de sa classe… Il arrive vers 14h, épuisé, il travaille depuis 7h du mat…
Avec Nivaldo, Paola et Andréa, nous reprenons du début et précisons chaque moment, travaillons sur le rythme, le jeu et habituons les acteurs à jouer avec le texte à la main sans interrompre le rythme. Nous continuons aussi à couper certains passages, notamment les solos d’Argan, le plus difficile dans le temps qui nous est donné… Ce qui fonctionne bien mieux, dans notre très court temps de travail, ce sont les scènes partagées. Nous avançons très bien… À 18h, nous avons revu les deux premiers actes. Les acteurs sont très fatigués mais ils s’accrochent, progressent et toujours avec le sourire.

À l’extérieur, l’atelier s’est encore agrandi. À la place du poste à souder, c’est le soudeur qui est venu ! John peint au pistolet toutes les structures (sans masque), Yann, Asterlits, Jexica et le soudeur avancent sur tout le reste. C’est vraiment hallucinant ! Toutes les pièces naissent sous nos yeux en quelques jours. C’est les mêmes que les nôtres !!!

Notre petit théâtre est constitué de la partie scène, qui fait environ 8m sur 8, et la partie public, constituée d’un petit gradin d’une vingtaine de places. Comme nous n’avons pas d’autre lieu, il est plein comme un œuf, la couture, les outils, les prototypes, les affaires de chacun, l’eau, le café, la nourriture, deux petites tables remplies de nos textes, ordis, stylos, cahiers… dans la journée, ça entre et ça sort, il y a beaucoup de vie autour et beaucoup de bruits. Hier, des étudiants fabriquaient une scène, ils ont percé du métal pendant des heures juste à côté de nous. Pour arriver à travailler, on doit faire abstraction de tout.

Notre lieu est toutefois toujours tenu très propre et régulièrement rangé.

On reprend les répètes vers 20h, mais on apprend qu’Andréa a une répétition jusqu’à 21h30… On avance, on avance…

22h, début du filage. Ça commence à s’enchainer de mieux en mieux même s’il y a encore des grands « trous » et certaines scènes qui restent difficiles… De temps en temps, ça tourne vraiment bien et on voit qu’avec le temps, on pourrait arriver à un très bon résultat.

Demain ce sera le dernier jour de répétition…

A suivre !
Phil

Capsule audio du 9 juin de Valérie :


Samedi 10 juin 2017


Aujourd’hui est le jour J.

Hier matin, vendredi 9, Valérie et moi sommes allés rencontrer et remercier Philippe Mouchet, directeur de l’Alliance Française de Barranquilla, qui, avec son assistant Jorge, ont aidé à porter ce projet. L’alliance est dans un joli quartier tranquille, il y a encore des voitures à cheval et des petites maisons colorées.

Nous parlons avec Philippe et Jorge des possibilités futures de continuer à développer ce projet à peine entamé… Une des premières idées serait d’aider la compagnie à trouver un théâtre, un lieu, qui pourrait accueillir le spectacle pour une longue série… trois semaines ??? ce qui n’existe évidemment pas ici, mais… porque no ?

À 11h, nous commençons à travailler avec Andréa, une demi-heure après avec Brando et Paola. Nivaldo vient nous avertir, dépité et malheureux, qu’il ne pourra pas être avec nous avant 14h. Nous revoyons avec les deux autres toutes les parties encore faibles et préparons les scènes dans lesquelles s’intègrera Nivaldo cet après-midi.

Yann travaille sur tous les fronts aux rectifications des pièces livrées et aux petits accessoires. Jexica et sa maman continuent à apporter des pièces de costumes jusqu’à l’heure du filage. Des petites mains européennes, Pascale, Noémie et Ched, sont venues participer aux finitions, dirigés par Esterlits, qui leur apprend une technique de papier mâché formidable, à partir de papier de sac de ciment et de colle fabriquée à base de colle à bois et farine d’avoine ! Le résultat est très beau !!!

Nivaldo est là à 16h. Nous revoyons tous les raccords prévus jusqu’à 19h. Les comédiens sont sur les genoux… ce soir c’est la générale. On a apporté toutes les rectifications qui devraient amener le spectacle à un niveau satisfaisant. Des projecteurs sont arrivés. Une douzaine de spots et quatre projecteurs à leds. Je fabrique un plan de feu. L’idée est que le montage et le réglage se fasse dans la nuit. Demain matin, conduite…

Ce soir, les comédiens prennent beaucoup de temps pour se reposer, manger… ils décident de se maquiller. Ils regardent les photos de nos maquillages et nous voyons naitre nos doubles… avec nos costumes et nos maquillages !!!

En attendant, John commence à monter les projecteurs. Antiques gamelles qu’il doit réparer l’une après l’autre. Il grimpe en équilibre sur le dernier double échelon de son échelle, se tient d’une main au grill et de l’autre attache son projo avec du fil de fer.

Le filage commence à 11h. Encore beaucoup de trous, d’oublis… Les deux jeunes acteurs, qui ont pratiquement toute leur disponibilité pour apprendre le texte, répéter la mise en scène entre eux, et avec qui nous avons le plus de possibilités de travail, s’en sortent assez bien, mais pour Nivaldo, qui a le rôle le plus complexe et qui a pu consacrer moins d’un mi-temps aux répètes, c’est difficile. Certaines scènes auraient demandé des heures de travail, pour pouvoir se lâcher, trouver son clown, son idiot, dirait Lars von Triers… sa sensibilité d’enfant. Dans le temps donné, Nivaldo ne peut traverser le spectacle que dans une grande tension, tachant de se rattraper comme il peut avec l’expérience et le bagage qu’il a… Difficile de se lâcher dans le personnage, le texte constamment à la main, difficile de se consacrer aux nuances.

Beaucoup de problèmes de rythme, le spectacle pédale… ça manque beaucoup d’émotion, pour une générale c’est assez catastrophique. Dans le taxi retour, on regrette de ne pas avoir été plus clair. On monte ce spectacle en dix jours avec des acteurs disponibles à plein temps. Ou alors on imagine un autre projet, une autre manière de faire… Et en même temps, on comprend aussi très bien Nivaldo, et on le soutient à 100% dans les efforts démesurés qu’il doit déployer pour faire exister sa compagnie en Colombie, l’art dans le monde.
Après le filage, tout le monde est épuisé. John renonce à continuer, il dit qu’il reprendra montage, réglage et connexion demain matin pour finir avant 11h, heure à laquelle nous devons reprendre…

À suivre
Phil

Capsule audio du 10 juin de Valérie :


Dimanche 11 juin 2017

Et voilà c’était hier, samedi 10 juin, que s’est terminé dans la joie, la fête et la salsa colombienne, ce marathon artistique et créatif !

Après quatre bonnes heures de sommeil, le matin quand nous arrivons, John n’a pas du tout fini d’installer la lumière… Nous décidons donc d’aller faire une lecture avec retours dans un des jardins de la fac. Nivaldo nous dit qu’ils ne peuvent pas rester parce qu’Andréa doit aller s’acheter des chaussures pour le spectacle ! Hallucinant. Parfois, ils ne se rendent vraiment pas compte du travail que représente ce challenge, et de la distance à laquelle on se trouve ce matin de là où on devra être ce soir ! On leur dit non, elle jouera avec ses anciennes chaussures et on se pose à l’ombre d’un grand palmier. Il fait 50°, Andréa fait la tête.

La lecture est très intéressante, elle nous permet de leur faire entendre et comprendre le rythme dans lequel les scènes doivent se jouer, et de préciser et corriger les intentions de jeu. Cet exercice nous amène à 14h30.

De retour à la salle de répètes, la fourmilière a repris son travail. La troupe a décidé de surélever les gradins avec des praticables de façon à pouvoir faire rentrer plus de public… les accessoires et costumes continuent à être préparés, poncés, peints, construits, inventés, rectifiés.

J’avale un repas en 10 minutes et je rejoins John pour l’aider à la lumière. Il lui manque trois projecteurs à monter mais tout le reste est connecté. Nous réglons rapidement et passons à la console. La console lumière est une antiquité fabriquée maison, constituée de 6 rhéostats circulaires et 3 linéaires et de quatre interrupteurs directs, le tout sans général, et dont une partie fonctionne…. Et j’ai par ailleurs un gradateur tout à fait moderne qui commande les quatre pars à leds, avec lesquels je peux travailler les quatre couleurs primaires… J’installe ma régie tant bien que mal, et repère mes commandes dans l’ordre très aléatoire que John a choisi. Je préfère ne pas lui demander de changer, je m’en accommoderai…

16h30, nous jouons dans 3h mais nous devons absolument faire quelques raccords sur des petits passages qui ne fonctionnent vraiment pas. Nivaldo me demande que toute la troupe puisse terminer le montage… les comédiens sont très occupés à faire le ménage, installer des guirlandes, monter le gradin etc… nous continuons à halluciner et les débauchons en leur disant qu’ils doivent absolument, 3h avant, se consacrer au spectacle, et que nous pourrons finir tout ça sans eux !

18h, nous les lâchons pour qu’ils se reposent un peu puis se préparent.

Val se met à l’écriture de notre discours de réception du public, aidée par Noémie. J’en profite pour faire la conduite lumière… c’est à dire, avec deux costumes posés au centre de la scène, fabriquer des ambiances, scène par scène, avec le matériel qui est à ma disposition. Je ne peux rien noter puisqu’il n’y a aucun repère. J’en fabrique quelques-uns sur la console, et enregistre dans ma mémoire les ambiances que je vais devoir recréer, à chaque changement en manipulant une dizaine de potars tous différents…

19h, les comédiens sont quasi prêts, les spectateurs commencent à arriver. 19h45 nous ouvrons les portes et tassons les très nombreux spectateurs dans la minuscule salle. Prévue pour 60, nous arrivons à en faire rentrer une bonne centaine !

Nous allons donner le top aux comédiens et c’est parti.

Le son, piloté par Yann, la lumière, même rudimentaire, les maquillages, les costumes et les accessoires quasi tous finis, apportent une magie certaine… Le jeu des acteurs est assez décontracté, et les spectateurs au bout d’une dizaine de minutes, se détendent, comprennent l’idée, le style et commencent à rire. Andréa est magnifique, inventive et très à l’écoute. Brando est un peu tendu, un peu appliqué mais lui aussi est très très bien, avec un corps parfaitement bien placé. Tous les deux connaissent pratiquement tout leur texte. Ces deux jeunes acteurs sont extraordinaires, nous avons eu beaucoup de chance de les avoir ! Paola fabrique un Jules très drôle, présent et tout en nuances. Et, alors qu’hier elle avait beaucoup oublié dans sa partition complexe d’entrées, sorties et déplacement d’accessoires, elle accomplit aujourd’hui un sans-faute. Nivaldo fait ce qu’il peut. Malgré tout le retard accumulé, qui lui fait parfois oublier le sens d’une scène ou d’une autre, parfois complètement perdu dans son texte où il n’arrive plus à retrouver la page, il s’en sort finalement assez bien. Il est très porté par les autres, et son Argan émouvant finit par parfois apparaître…

Le public adore. Les applaudissements sont chaleureux. La troupe s’est emparée du spectacle. S’ils arrivent à trouver le temps de continuer à travailler, à apprendre les textes, à répéter les enchainements, à affiner le jeu… s’aidant de la vidéo de la version française qu’on va leur laisser, ils auront entre les mains un bon spectacle, très original sur le continent latino-américain.

Nivaldo nous dit qu’il a vécu, à travers ce travail, une véritable renaissance de sa volonté d’être acteur, et qu’il compte désormais s’y vouer corps et âme… Nous parlons aussi de la troupe, de la difficulté d’exister, de vivre de ce métier, voire d’en survivre… Nous le félicitons encore pour tout son courage et sa volonté !

Nous finissons la soirée à La Troja, le temple assourdissant de la salsa. Ils sont heureux.
Ouf, cette mission était un peu folle, mais elle est accomplie…
Bravo à la petite équipe…

Val, Yann et Phil

Fin de cette aventure à suivre…


Epilogue


Hier dimanche 12, repos le matin… vers midi nous partons à Las Flores où nous avons rdv avec la troupe pour un bilan et parler d’avenir.
Las Flores, c’est le fleuve Magdalena qui se jette dans la mer. D’abord un long enchainement de restos typicos de toutes les couleurs où la musique déborde sur la piste en terre, qui elle mène à la plage. Sur la plage, là encore quelques restos rootsissimes, pas du tout touristiques, des vendeurs de tout, nomades, dans des tas d’engins mobiles sur la plage…

On mange de délicieux poissons grillés con patacones y arroz coco. On se baigne, l’eau est caliente. À 17h, la troupe n’est toujours pas là. On prend un petit chariot motorisé qui se déplace sur d’antiques rails et amène une quinzaine de voyageurs tout au bout d’une jetée de dix kilomètres. Le wagon nous laisse au cœur d’un village de cabanes qui semblent devoir s’envoler au moindre coup de vent. On finit à pied, les gens qui habitent là pèchent au cerf-volant… c’est le bout du monde.

Le soir, on va manger dans un petit resto, Nivaldo, Paola et Andréa nous rejoignent. On fait un point dans le hall de l’hôtel sur le travail accompli et leur livrons nos réflexions : comment continuer à les aider. Ils sont fatigués et écoutent. Pour notre part, nous sommes très satisfaits du travail accompli, avons été conquis par leur motivation et leur investissement, enchantés par cette résidence, passionnés par ce travail.

Par contre nous avons regretté que Nivaldo n’ai pas pu plus se libérer pour ce rôle difficile… Il nous redit ne pas avoir pu faire autrement, a dû faire face à des tas de problèmes que lui seul a pu résoudre, réalité de terrain… forcément à prendre en compte… On partage avec eux l’idée de jouer une longue série à la rentrée, Valérie pourrait revenir à l’occasion de cette reprise, à condition qu’ils aient pu trouver le temps de répéter, sans nous, à l’aide de la vidéo de la version française. Paola prendrait la direction du travail. Nivaldo souhaite fortement revenir en France et travailler avec moi pour clore la passation d’Argan… Je lui dis que c’est une bonne idée mais que je ne suis pas libre avant fin 2018… Pour eux c’est tellement loin… Réflexions et réponses à venir…

Dix jours plus tard… suite et suite… Après quelques escapades merveilleuses dans cet incroyable pays peuplé de gens accueillants, gentils, qui prennent le temps de vivre, aiment faire la fête et s’amuser entre eux, et avant de sauter dans l’avion qui va nous ramener à la vie normale, nous avons retrouvé la troupe pour refaire le point, au cas où…

Val peut revenir à condition qu’ils reprennent le boulot : apprentissage du texte, répètes de la mise en scène, précision et justesse des intentions de jeu… Ils nous apprennent que le spectacle va tourner dans des collèges dans une vingtaine de jours, que d’ici là ils sauront tous le texte. Qu’ensuite ils ont prévu des travaux d’agrandissement de leur lieu afin de pouvoir continuer à travailler le spectacle chez eux !

Nous nous mettons d’accord sur des dates en octobre pendant lesquelles Val pourrait revenir et eux prévoir une série de représentations.
Nivaldo insiste une fois de plus pour venir à Marseille… nous envisageons sa venue en septembre, pour observer les répètes du Conte et dégager quelques heures pour bosser avec lui sur Argan…

Ils nous rejoignent à l’aéroport pour nous inonder de petits cadeaux, nous remercier encore et nous redire tout leur bonheur de cette aventure…